Portrait – Dans les crânes d’Alain Bellino

août 11 | Interviews

Dans son atelier, entre poussières, outils et pièces d’ornements, Alain Bellino assemble. Des œuvres d’art naissent de son imagination, fruit d’un montage ingénieux de pièces qu’il a restauré tout au long de sa carrière. Car c’est dans l’entreprise paternelle de dorure, d’argenture, de restauration de bronzes et d’orfèvrerie que l’artiste «a basculé vers le côté créatif qui avait besoin de sortir».

Le côté créatif de la force ? La référence à Star Wars est vite trouvée lorsqu’on aperçoit l’une de ses œuvres notoires : Darth Vader. Mais il y a aussi un clin d’œil à la lutte qui s’opère dans l’esprit d’Alain Bellino.

« Je désacralise les pièces, je m’autorise une violence à l’étique de restaurateur »

Depuis 5 ans, il arrache l’ornement de son support d’origine pour composer la squelette de ses sculptures. «Je me fais violence. En tant que restaurateur, je protège des objets et je les découpe aujourd’hui pour en faire autre chose. Mais c’est une violence relative. Car c’est aussi une manière de leur donner une seconde vie. Ces pièces, coincées au fond d’un tiroir, revivent. Je lutte contre les dérives de mon métier qui est le conservatisme et l’accumulation. Je désacralise les pièces, je m’autorise une violence à l’étique de restaurateur, mais c’est aussi une jouissance, car, après tout, cette vieille poignée de commode servira à créer une œuvre».

Son art met du temps à aboutir. Après des débuts dans la photographie et 30 ans de passion pour le métier de restaurateur, Alain Bellino commence en 2008 à «bricoler des pièces abstraites». Très vite, il se lance dans l’assemblage. Au départ, il soude des couverts afin de tester une technique. «Mais ce n’était pas assez abouti, commente l’artiste, j’ai voulu faire mieux et c’est comme cela que j’ai glissé dans l’ornementation». Il s’impose alors un choix de matériaux : bronze, cuivre, laiton… «Un atout et un handicap à la fois» car coincé avec le volume d’une pièce qui a déjà sa forme. Une construction avec des «bouts de ficelles» contraint dans la complexité d’une matière luxueuse qu’il trouve principalement chez les antiquaires.

« Je ne veux pas qu’on m’enferme dans un crâne »

Ses sculptures sont pour la plupart des crânes au «volume intéressant». Il offre ainsi au thème de la vanité une réécriture. La contradiction de la gravité d’un crâne représentant la mort opposée à la superficialité de l’ornement. Pourtant, Alain Bellino n’a pas d’étiquette artistique, un style qui n’est ni steampunk, ni centré sur la vanité. Depuis 1 an et demi, son travail se dirige ingénieusement vers les bustes et l’hybridation d’ornements avec la mécanique. Il faut dire que le détail de ses créations subjugue par sa grande variété et son esthétique. Chaque pièce est unique et réalisée sans dessin préparatoire. Un véritable puzzle où «les problèmes son réglés au fur et à mesure» de l’assemblage. Depuis 4 mois, Alain Bellino travaille d’arrache pied sur un nouveau challenge technique loin du thème de la vanité. «Je ne veux pas qu’on m’enferme dans un crane», rétorque l’artiste avec finesse.

 

Découvrir les œuvres d’Alain Bellino :

 

+ Paris, Modus Art Gallery

+ Saint Paul de Vence, La Fenice Antiquité

+ Nice, Galerie Maud Barral & Galerie Motus

+ Miami, Gauchet Fine Art

 

+ Alain Bellino

+ www.alain-bellino.net

+ Behance et Facebook

 

Julie Baquet © Art and Facts

Photos © Florian Lévy

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