Anja Niemi : autoportraits de femmes désespérées

juillet 26 | Photographie

Embourgeoisées dans un décor kitsch des années 70, l’artiste norvégienne Anja Niemi dresse des autoportraits de femmes désespérées endimanchées dans des tenues d’apparats.

La fragilité des personnages qu’elle endosse est mise en valeur dans une esthétique qui n’est pas sans rappeler celle du cinéaste David Lynch ou encore des photographes Erwin Olaf et Julia Fullerton-Batten. Des compositions impeccables, tantôt tragiques et humoristiques, pour celle qui se décrit comme une «perfectionniste notoire» : «Je n’ai jamais vraiment essayé de travailler avec un modèle, j’ai trop de plaisir à tout faire moi-même». Seule, affublée de deux appareils numériques et d’une valise où sont dissimulés perruques, robes et accessoires, elle signe deux séries renversantes (dont un éditorial pour le magazine de mode Marie Claire).

La plus illustre s’intitule «Do Not Disturb». Pour la réaliser, Anja Niemi a parcouru bon nombre de chambres d’hôtels. Objectif : trouver celle qui correspondait totalement à ses critères. L’idée a germé après avoir lu un article sur les femmes au foyer des années 1950 en Norvège qui disposaient d’un jour de congé payé par le gouvernement. «J’ai commencé à imaginer toutes les choses qu’elles auraient pu faire, ou les choses que j’aurais fait à la place de ces femmes», décrit l’artiste elle-même mère de deux enfants. Elles apparaissent alors absentes et effacées faisant tapisserie dans le décor de ces chambres d’hôtel si impersonnelles. Elle traduit sur ces clichés la tragédie du train train quotidien.

Après cette série, Anja Niemi s’est attaquée au thème des sourires de façades. «Nous avons tendance à cacher toute la laideur de la vie et je voulais créer des personnages qui ont eu quelques fissures malgré les apparences». Dans «Starlets», la norvégienne met également en lumière la gémellité, voire la double personnalité : «Je me multiplie souvent quand je regarde des conflits internes. Je souhaitais montrer le contraste entre ce que nous montrons et qui nous sommes». Les images à l’esthétique aboutie mettent en exergue l’art de la mise en scène où les personnages semblent sortis de photos ou d’affiches de film.

A 38 ans, Niemi prépare actuellement un projet pour The Little Black Gallery en 2015. Une série basée sur le contenu d’une valise de 1959 appartenant à une femme. Environ 100 images sont en préparation sous forme de journal photographique.

+ Anja Niemi

www.anjaniemiphotography.com

Facebook

Julie Baquet © Art and Facts

Autres articles

« »