Anthony Mirial

Anthony Mirial, un artiste béni des dieux

septembre 29 | Interviews

Anthony Mirial, une gueule d’ange et un cerveau au bordel organisé qui blasphème avec pudeur et subtilité des thèmes qui lui tiennent à cœur. A peine 25 ans et déjà un parcours artistique dont il peut être fier. Son secret ? Un talent indéniable, mais également des rencontres sacrées.

La première sainte apparition pour le photographe se fait sur les bancs de la fac, où son prof d’histoire de l’art, le frère Benoît Pekle, décide de jouer le mécène pour la première exposition de l’autodidacte. «Un jour, alors que j’attendais le bus, je rencontre ce prof avec qui je sympathise. Il m’a demandé de lui montrer mes photos et m’a proposé de financer une exposition. Cet évènement improbable donne confiance en soi». C’est ainsi qu’à 19 piges, Anthony, qui sacrifiait son couchage de la cité U en studio photo, décide d’aller sous les projecteurs où plutôt sous la lumière divine des néons des parkings.

Aujourd’hui, son processus créatif est le même. Son studio ? Un parking public en mode shooting sauvage. Son éclairage ? Les néons jaunâtres à la lumière christique. Son matos ? Un reflex 50 mm. Sa technique ? «Toujours sous expo et de façon instinctive». Son travail, à la fois très brut et esthétique, en subjugue plus d’un. Sa série Nus Sacrés met en exergue sous un subtil clair-obscur des vitraux projetés sur des corps de femmes nues. «Une sorte de provocation sublimée, le choix du thème n’est pas anodin car j’ai un problème avec la religion», un comble pour cet artiste béni des dieux !

« L’art, pour moi, c’est prendre une claque. Ce que je fais sort de mes entrailles, ça me permet de libérer des choses »

Lors d’une exposition dans le Nord de la France, il se fait repérer par des galeristes, dont le cofondateur de ArtPrice, Hubert Conrad, qui décident de l’exposer. Dans sa ville natale qu’est Nice, Anthony Mirial séduit également la Galerie Maud Barral. Un succès tombé du ciel ? Même si l’artiste avoue «avoir eu de la chance», la rançon de la gloire tient surtout à une sincérité touchante. «Je m’attache à ce que mes photos aient une émotion. L’art, pour moi, c’est prendre une claque. Ce que je fais sort de mes entrailles, ça me permet de libérer des choses».

Le corps humain dans son enveloppe extérieure et intérieure est d’ailleurs mythifié dans l’une de ses dernières séries intitulée Derrière le visible où il juxtapose des planches anatomiques sur des corps nus. L’effet est à la fois fascinant et dérangeant à mi chemin entre la beauté de la peau et la laideur de nos entrailles.

Pour encore une fois magnifier ce qui le dérange, le photographe met en scène la thématique des maisons closes sur fond d’esclavage dans une série en cours de réalisation. Des photos picturales aux poses travaillées et aux modèles soigneusement choisis laisse entrevoir une nouvelle marche vers le paradis artistique de Mirial. Sa sensibilité pour la peinture y est mis en lumière. Une fibre, probablement liée au métier de sa mère, antiquaire, et la relation qu’affectionne l’artiste avec des objets qui racontent une histoire. Et c’est bien l’envie de «faire le lien entre chaque tableau. De faire un film dans une photo» que souhaite démontrer cette fois-ci le messager artistique. Il murmure le désir de réaliser un jour son propre film, «j’attend le bon moment», avoue t-il. En projet : des portraits sous ecstasy. «J’ai dans l’idée de prendre en photo des personnes sous l’emprise de cette drogue. Sublimer ce qui dérange en montrant la beauté de l’extase d’un instant». Anthony projette également de sortir de la photographie souterraine. Son futur jardin d’Eden ? La nature où il compte y apporter encore sa touche de lumière divine qui l’inspire tant : le néon.

+ Anthony Mirial

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Julie Baquet © Art and Facts

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