Damien Hirst « Matthew, Mark, Luke and John » 1994-2003 – Louise A. Lawler « Marie + 90 (ensemble) » 2010-2012 – Photo ©Florian Lévy

Art Lovers : déclaration d’amour artistique

août 1 | Exposition / Agenda

Un cœur. Enorme. 3,5 tonnes de guimauve enrubannée. Si vous pensez trouver niaiseries et sucreries artistiques, après cette ouverture d’exposition magistrale signée du kitschissime Jeff Koons, détrompez-vous. Ce cœur est un leurre. Pour définir Art Lovers, les adjectifs : bluffant, surprenant, troublant et provocant sont qualifiés. C’est pourtant une déclaration d’amour qui s’opère de l’autre côté du miroir d’Hanging Heart. Celle d’un collectionneur prolifique : François Pinault.

Depuis 40 ans, l’homme d’affaires français a constitué un ensemble de 3.000 pièces dont il expose une partie au Palazzo Grassi à Venise. C’est d’ailleurs le directeur de la Fondation Pinault, Martin Bethenod, qui a orchestré cet accrochage monégasque, suite d’expositions hors les murs. Après Lille, Moscou, Dinard, Paris, la collection de l’entrepreneur investi les 4.000 mètres carrés dédiés du Grimaldi Forum à Monaco. Jusqu’au 7 septembre, 43 oeuvres dont une quinzaine jamais présentées, convolent.

La lune de miel est destinée aux amateurs d’art. Quelques soient les sensibilités artistiques, classiques ou contemporaines, les artistes présentés manifestent une véritable déclaration d’amour. En partant du postulat que l’art inspire l’art, que tout n’est qu’un éternel recommencement, l’ouroboros artistique illustre le regard des artistes contemporains sur les œuvres du passé. Copie, mimétisme, second degré, «l’exposition part de l’idée que les artistes aiment l’art, se nourrissent de l’art, s’approprient ou détournent l’art, le transforment et le font vivre ; donc, ces amoureux de l’art sont d’abord les artistes», déclare le commissaire, Martin Bethenod.

Coups de cœur

On ne peut qu’être ébahi devant la première salle. Consacrée aux sculptures, elle se présente comme une église dont la nef centrale étale 9 cadavres de marbre blanc. L’œuvre dérangeante est délicieusement contrastée par le savant mariage de sculptures de différentes époques : l’Antiquité, la Renaissance et le Néoclassique sont ainsi revisités. Sublime, installé dans le chœur, le triptyque Untitled d’Urs Fischer, réplique grandeur nature de L’enlèvement des Sabines de Giambologna, est réalisée en cire. Cette gigantesque bougie se consumera tout au long de l’exposition permettant au visiteur de découvrir comment une œuvre change de nature et de forme.

Tout naturellement, l’œil est ensuite attiré par des lumières multicolores et la musique entrainante de Untitled, Dancing nazis. Le second degré est de mise pour cette installation ambiguë de Piotr Uklanski : un sol lumineux à la Saturday Night Fever, bande son et portraits de nazis.

C’est le sourire aux lèvres que la deuxième partie vous tend les bras. Takashi Murakam et ses personnages kawaii sont exposés pour la première fois hors du Palazzo Grassi. La notion d’œuvre d’art qui peut en cacher une autre prend ici encore tout son sens devant la version contemporaine chinoise du Lièvre de Dürer ou encore la réadaptation par Louise Lawler de la petite danseuse de Degas.

Cette salle jugée «dérangeante» voire «glauque» pour les non-initiés, recèle d’étonnants trésors. Le performeur Damien Hirst se prend ici pour Francis Bacon. Il signe également un cabinet de curiosité lugubre et un aquarium de quatre têtes de vaches et de taureaux découpées et plantées de couteaux. Que dire également de l’interprétation par Paul Fryer d’une Ophélia noyée, un personnage de Shakespeare à l’origine par John Everett Millais ? Saisissant !

Le cœur a également battu pour la version d’Hiroshi Sugimoto de La Cène de Léonard de Vinci, photographie d’une reproduction en cire. Enfin, Marlène Dumas juxtapose intelligemment deux images diamétralement opposées : celle du Christ mort et de Michael Jackson dans son caisson pressurisé.

En outre, l’hommage aux œuvres se combine avec l’amour débordant pour les artistes. En ce sens, Maurizio Cattelan reproduit des poupées de Picasso et de Gilbert & George.

Copier-coller

La suite de l’exposition se positionne dans la copie et non plus dans la réinterprétation d’une œuvre. Intéressant, le face à face de Douglas Gordon : deux projections d’un extrait du Taxi Driver de Scorsese. Le sujet d’appropriation est illustré par Jonathan Monk : une commande à des peintres chinois spécialisés dans la réalisation de copies du remake exact d’une œuvre de Martin Kippenberger. Sturtevant quant à lui reproduit en final une Flower d’après Andy Warhol et Untitled, America America, de Felix Gonzales-Torres. Deux pièces d’art montrées au Grimaldi Forum dans leurs versions originales lors d’anciennes expositions.

Seul bémol, une fin d’expo un peu pâle comparée à la rutilance des premières salles. Art Lovers suscite alors l’envie de la visiter à l’envers et de quitter le lieu le cœur battant.

+ « Art Lovers, histoires d’art dans la collection Pinault »

+ Grimaldi Forum

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+ Espace Ravel du Grimaldi Forum Monaco : 10, avenue Princesse Grace, 98000 Monaco 
+ Jusqu’au 7 septembre, tous les jours de 10h à 20h. Nocturne les jeudis jusqu’à 22h
+ Tarifs : 10 euros, TR : 8 euros 

 

Julie Baquet © Art and Facts

Photos © Florian Lévy

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