Heterotrophe © Aurélie Raidron

Aurélie Raidron : natures mortes

mai 28 | Interviews

Hétérotrophie : la nécessité pour un organisme vivant de se nourrir de constituants organiques préexistants. Voici ce qui fait vibrer Aurélie Raidron, une talentueuse photographe basée à Lyon. Elle est subjuguée par la putréfaction, les moisissures et les bactéries qu’elle met en image dans ses projets artistiques. Entre ombre et lumière, Aurélie présente un style magnétique et esthétique aux thématiques profondes.

Au départ chanteuse et professeur de chant, elle débute sa carrière il y a 4 ans, en autodidacte dans la photographie de mode, portrait et beauté. «J’ai commencé à travailler pour des marques de vêtements, de bijoux… Et en parallèle, je développais pas mal de projets mode/beauté, jusqu’au jour où j’ai saturé, ce qui a suspendu mon activité photographique pendant un peu moins d’un an». Les raisons de cette pause ? «Je crois être arrivée à un stade où l’esthétisme pour l’esthétisme me rebute. Mieux, mon approche personnelle du medium photographique a complètement changé, et je suis finalement soulagée d’avoir dû vivre un tel écœurement : une partie de moi n’était pas en accord avec ce qui était raconté».

Aurélie respire à nouveau pour la photographie lors de la création de projets personnels : «Des thématiques plus hermétiques, qui donnent des résultats assez éloignés des débuts. J’avais une patte, à mon avis, assez « romantique » et poudrée, une approche picturale, entre maniérisme et préraphaélisme. Aujourd’hui, si je garde une vision picturale, je pense m’être détachée de ce lyrisme visuel pour laisser place à un propos plus codifié». Son univers, d’un prime abord rebutant, est l’objet d’une fascination obsessionnelle. «Je créée des terrains périssables à partir de végétaux uniquement (je n’utilise pas d’animaux morts dans mes créations)». Dans Hétérotrophe, Aurélie Raidron recréait les codes de la Nature Morte avec des légumes et fruits pourris. «La moisissure représente quelque chose de très fort chez moi. Déjà, outre l’aspect vie/mort qui va de soi, il y a cette fascination de l’inconnu, cette fascination également du dégoût que cela peut susciter chez autrui. Il ramène au jugement, au libre-arbitre, à la notion de codes et de masse».

L’artiste franc-comtoise d’origine va plus loin dans sa réflexion. Dans Orexis, une série avec un jeune albinos, elle met en exergue «la recherche de la pureté et l’accès au sacré en tant que symbolique individuelle». Son travail sur la moisissure rejoint également cette thématique. «J’aime étudier et briser les codes occidentaux pour mieux brouiller les pistes et interroger sur nos propres limites».

Outre ses projets photos, Aurélie travaille à l’écriture de son premier roman.

+ Aurélie Raidron

www.aurelie-r.com

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Propos recueillis par Julie Baquet © Art and Facts

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