Chiharu Shiota © Gabriel de la Chapelle

Chiharu Shiota : artiste en vogue

mars 23 | Articles récents, Volume

Après une Biennale de Venise ovationnée en 2015, Chiharu Shiota tisse des liens fort avec le Bon Marché Paris puisque ses installations cousues de fil blanc sont prolongées jusqu’au 2 avril. Elle livre ainsi une série d’oeuvres éphémères intitulée Where are we going. Une incitation au questionnement, au voyage intérieur, avec l’emblème qu’elle garde de la Biennale : le bateau.

A l’extérieur du magasin, Chiharu Shiota s’empare des vitrines. L’artiste aux tendances arachnides nous attire dans ses toiles. Noyée dans les fils, une carte du monde vieillie par les voyages. Embarcation immédiate. Au bon marché, qui jadis inspira Zola, Shiota s’installe et agrafe ses lignes du sol au plafond.

D’un fil à l’autre, frénétiquement tissés, elle dessine dans l’air. Elle plonge les passants au cœur de ses oeuvres qu’elle compare elle même à des vagues. La submersion est là. La première installation est un enchevêtrement de fils blanc qui, reliés, enveloppent le visiteur dans un véritable cocon laiteux. Une houle qui l’immerge dans une sorte de liquide amniotique avant de le rejeter comme de l’écume vers l’installation principale.

« Mon travail évoque les rêves et les espoirs qui nourrissent notre trajectoire« 

Suspendus au plafond, 150 barques tissées de toute sorte viennent combler l’espace vide, se mouvant vers le ciel. Au tissage blanc s’ajoutent des fils noirs, donnant un côté plus graphique à l’oeuvre. Toujours dans le thème du voyage intérieur, cette flotte semble surplomber une énorme vague de Kanagawa avant de venir briser ses coques dans une descente aux enfers. Loin de l’aspect réconfortant et chaleureux de la première immersion, l’installation chavire dans une nostalgie inexplicable. La barque n’est pas sans rappeler la traversée du Styx vers le séjour des morts dans la mythologie grecque. Quant au bichrome, il ne fait que renforcer la dualité : celle du cosmos et celle de l’émotionnel, celle de la mort et celle de la renaissance. Malgré le funeste omniprésent, les navires pointent tous vers le haut et l’espoir prend forme. »Where are we going » interroge Chiharu Shiota dans ce voyage sans destination, cette errance. L’oeuvre polysémique submerge celui qui se laisse aller à la poésie des lignes et des couleurs.

Une artiste hantée par les traces de l’Homme

L’entrelacement de fils, désormais perçu comme sa signature, reflète  l’introspection qui mène à la mémoire autant que  le voyage de la vie, la sienne. Insatisfaite de la condition des artistes au Japon, elle s’exile à Berlin en 1996 où elle fait ses classes. Elle n’oublie pas sa culture et la laisse flotter dans chacune de ses oeuvres. Elle expose en 2014 à la Freer Sackler Gallery, l’installation Perspectives : 400 paires de chaussures, reliées à des fils rouges sont tournées vers l’avenir, à l’image de son départ pour l’Allemagne.

Hantée par les traces que peuvent laisser les humains, Chiharu Shiota emprisonne dans ses filets des valises ou de vieilles lettres autant qu’elle les protège, les repêche de l’oubli. Ses oeuvres dès lors naviguent entre deux eaux : le berceau rassurant et le linceul impatient. De sa culture japonaise jaillissent une profonde angoisse de la mort symbolisée par les fils noirs et le culte des anciens traduit ici par le souvenir. La mémoire est la clef. C’est ainsi qu’elle la symbolise à la 56ème édition de la Biennale de Venise avec the Key in the Hand. Enchevêtrées dans du fil, rouge cette fois, 50 000 clefs prêtes à déverrouiller ça, surplombent des barques voguant vers l’inconscient. De New-York à Sydney, de Paris à Berlin, Chiharu Shiota continue de tisser sa toile.

Le Bon Marché
24 Rue de Sèvres, 75007 Paris

Jusqu’au 2 avril
Du lundi au samedi de 10h à 20h

A relire : Biennale de Venise

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Marine de Rocquigny © Art and Facts

 

 

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