Interview – Danse : DarkRise, la fragilité du corps

août 8 | Interviews

Le statut du corps dans sa force et sa fragilité, voici la thématique du projet chorégraphique intitulé DarkRise. Aurélien Dougé – Inkörper Company – signe l’interprétation, la chorégraphie, la conception et la scénographie de ce spectacle. Il livre à Art and Facts une interview touchante. Au delà de la beauté du spectacle qui sera présenté les 13 et 14 septembre à la Biennale Off de la danse de Lyon, DarkRise est une pièce hommage pour «ceux qui luttent d’une façon ou d’une autre» contre le cancer et l’acceptation de la précarité de la chair.

 

Art and Facts : Présentez-moi votre projet.

Aurélien Dougé : DarkRise est un projet chorégraphique pour la scène à travers lequel je souhaite ouvrir un dialogue sur la transformation du corps. J’y évoque la force et la fragilité de l’individu face à la précarité de la chair. C’est un solo, je l’interprète, le chorégraphie et réalise la scénographie. Julien Tarride et Eric Perret composent une partie de la bande son, Caroline Bault conçoit les costumes et Rosemonde Arrambourg m’épaule pour les éclairages. J’ai amorcé la création en 2012 en présentant une forme de 15 minutes. Aujourd’hui, je finalise ma proposition pour en faire en spectacle de 40 minutes.

A&F : Comment est né DarkRise ?

A.D : La création de DarkRise a débuté en 2012 avec la volonté d’accompagner ma tante dans sa lutte contre le cancer. C’est un projet qui s’est construit et qui a évolué par nos échanges.

A&F : Il s’agit d’une pièce hommage. Expliquez-moi.

A.D : Un hommage est un don qui exprime le respect, l’admiration et la reconnaissance. C’est tout ce que je ressens en pensant à ma tante en prenant du recul sur le combat qu’elle a mené. DarkRise est une pièce en son souvenir à travers laquelle je souhaite transmettre sa force et sa détermination.

« Nous tentons de mettre le corps à distance, nous le considérons seulement comme une chose. »

 

A&F : Le statut du corps dans nos sociétés contemporaines est le fil conducteur de votre projet, dites m’en plus.

A.D : Parce que la mort nous fait peur, qu’elle est pleine de mystère, nous tentons de mettre le corps à distance, nous le considérons seulement comme une chose, un autre soi-même qu’il faut façonner selon des critères de beauté et de jeunesse. Mais lorsque la maladie survient, l’homme prend conscience que c’est bien son corps qui définit son statut de vie et de mort. C’est là que commencera DarkRise, par l’évocation de l’incarnation.

A&F : Au delà des mots et des explications, il y a aussi l’esthétique. Décrivez-moi la façon dont sera présenté le spectacle.

A.D : DarkRise sera une pièce à l’ambiance sombre et poétique. J’accorde une grande importance à l’aspect esthétique de mes créations tant sur le plan visuel que sonore. Scénographiquement, je joue avec des matières comme la fumée et la poussière, il y a également un immense miroir et d’autres objets dont les symboliques ont un rapport direct avec l’histoire du corps. Le plateau, comme l’univers musical qui s’étend de la musique électroacoustique au baroque, seront en constante évolution pendant les 40 minutes du spectacle. L’objectif étant de créer une œuvre environnementale qui éveille les sensations des spectateurs sans distinction d’âge, de culture et de connaissance.

 

A&F : Vous avez besoin d’un financement pour mener à bien ce projet qui sera présenté dans une version longue de 40 minutes les 13 et 14 septembre 2014 à la Biennale Off de la danse de Lyon. A quoi servira la somme collectée ?

A.D : Oui j’ai lancé depuis quelques semaines une campagne via le site internet de financement participatif Ulule. Ces dons vont m’aider à rémunérer les artistes et les collaborateurs, acheter et louer le matériel technique, et accroitre la communication autour du spectacle. J’invite chaque lecteur à visiter la page de cette campagne et bien évidemment, je les sollicite pour nous aider.

A&F : Vous avez créé Inkörper Company, une description ?

A.D : J’ai fondé Inkörper Company en janvier 2014 à Genève (Suisse). Sous ce label, je vais présenter des créations chorégraphiques pour la scène ou d’autres espaces, des performances, des projets photo et vidéo. Chaque création réunira des artistes, des techniciens, des penseurs d’horizons et d’expériences diverses. Je souhaite qu’Inkörper Company soit une plateforme d’échange des savoirs et des sensibilités.

A&F : En tant que danseur et chorégraphe, quelles sont les sensations d’interpréter et de créer un projet aussi touchant que DarkRise ?

A.D : Je ne pourrais vous dire tout ce qui me traverse. Rien qu’en y réfléchissant pour pouvoir mettre des mots beaucoup d’émotions et de sensations m’envahissent. C’est une expérience riche tant sur le plan personnel que professionnel.

A&F : Parlez moi de votre parcours scénique.

A.D : J’ai été formé au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon puis j’ai successivement été danseur au Ballet de Biarritz, au Ballet de l’Opéra de Leipzig (Allemagne), à la compagnie Norrdans (Suède) puis au Ballet du Grand Théâtre de Genève (Suisse). J’ai donc été interprète tant dans les grands ballets classiques du répertoire que dans des pièces contemporaines. J’ai beaucoup voyagé et je me suis produit sur de grandes scènes du monde. C’est une chance, je suis heureux de ce parcours. Parallèlement j’ai toujours mené mes propres projets et au fil de mes expériences. J’ai pris conscience que c’est en créant que je me réalise pleinement. C’est pour cela que j’ai quitté en juillet dernier le Ballet du Grand Théâtre de Genève. Aujourd’hui je souhaite encore danser, mais ma priorité est de produire et diffuser mes créations.

« J’ai croisé le regard de ma tante qui pleurait, c’est à ce moment là que je me suis dis qu’il fallait que je poursuive cette création pour elle, pour ceux qui luttent d’une façon ou d’une autre. »

 

A&F : Un souvenir particulier ?

A.D : Sans hésitation je vais vous parler de la première représentation de DarkRise en 2012 dans mon village natal de 300 habitants. C’est sans doute l’un de mes plus beau souvenir. Au levé du rideau les spectateurs qui pour la plupart assistaient pour la première fois à un spectacle de danse étaient assez « bruyants ». Les enfants criaient, les gens parlaient, j’avais peur que ce que j’allais leur donner à voir ne les touchent pas, j’avais peur qu’ils restent totalement extérieurs à ma proposition. Au bout d’un moment, le silence régnait. Lorsque j’en ai pris conscience, l’émotion est montée, nous avancions ensemble, c’était très fort. A la fin lorsque les spectateurs applaudissaient et criaient, j’ai croisé le regard de ma tante qui pleurait, c’est à ce moment là que je me suis dis qu’il fallait que je poursuive cette création pour elle, pour ceux qui luttent d’une façon ou d’une autre.

A&F : Avez-vous d’autres projets en cours ?

A.D : Je construis depuis 2012 deux séries de photographies. La première que je co-signe avec Julien Benhamou, photographe officiel de l’Opéra de Paris, est intitulée Blessed Unrest. C’est une série qui se fabrique par nos expérimentations menées en studio ou en extérieur. La deuxième série se nomme Just Landed, ce sont des clichés que je fais partout dans le monde suivant un mode d’emploi très établi : chaque fois que je prends l’avion puis atterris dans une ville je dois trouver un lieu intéressant pour réaliser une photo de moi dans une position particulière, toujours la même, les jambes en l’air.

En novembre 2014 je créerais aussi une installation chorégraphique pour une vitrine de magasin et lieux in situ. A travers ce projet, je souhaite poser mon regard sur les représentations du corps de la femme dans le discours commercial contemporain. Investir les vitrines est très excitant, la première de Tool, installation n°xxx sera présentée à Genève le 15 novembre 2014.

 

+ DarkRise – Inkörper Company

+ Les 13 et 14 septembre à la Biennale Off de la danse de Lyon

 

+ www.inkorpercompany.com

+ Crowdfunding et Facebook

 

+ Julien Benhamou – Photographe

+ www.julienbenhamou.com

Julie Baquet © Art and Facts

Autres articles

« »