Diane Arbus ou la culture freak

janvier 5 | Photographie

« Je suis née en haut de l’échelle sociale, dans la bourgeoisie respectable, mais, depuis, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour dégringoler ». De la ménagère à la créature des bas fonds, Diane Arbus, au cours de sa carrière, a su capter une telle singularité auprès de tous qu’elle portait surement en elle un peu de chacun. Elle découvre sa passion auprès de son mari, le photographe Allan Arbus. D’assistante à styliste, la jeune femme, déjà mère, endosse tous les rôles sans rechigner. Mais au cours des fifties, l’artiste refoulée commence à souffrir de cette créativité brimée. En 1955, elle décide de suivre des cours auprès de Lisette Modèle. Un lien fort se tisse entre les deux femmes. La photographe autrichienne perçoit immédiatement ce grain de folie/génie chez cette personnalité atypique et la pousse à exprimer cette étincelle à travers l’objectif.

Personne ne sait vraiment si le départ de son cher et tendre, dans les bras d’une jeune actrice, est cause ou conséquence de son éveil artistique, mais Diane Arbus est lancée. Son Leica baladant autour de sa nuque, elle arpente le tout New-York en quête d’étrange. Fascinée par le « hors-norme », Diane Arbus s’amuse rapidement à capturer dans ses négatifs un large panel de marginaux : des travestis, des handicapés, des nains, des jumeaux… Pour plus d’authenticité, la photographe n’hésite pas à s’impliquer corps et âmes auprès de ses modèles. Les côtoie, les convoite pour extraire d’eux  la substantifique moelle. A partir de 1962, la portraitiste opte pour un format 6X6 et ne travaille plus sans son flash. Enfermés un carré comme dans leur folie, les poseurs sont alors sublimés par l’éclair qui sort de son appareil et vient mettre en lumière leur réelle personnalité.

Son travail ne fait pas l’unanimité. En 1967 à l’exposition New Document, les spectateurs choqués comparent son art à celui d’une sorcière. Mais qu’importe, Diane Arbus, qui affirme haut et fort sa volonté de se démarquer, est très attachée à sa communauté freak et ne les abandonne pas. Elle impose à l’Amérique son style littéralement extraordinaire. Si son suicide, en 1971, met fin à sa brève carrière, sa renommée, elle, ne meurt jamais. Pionnière dans l’exploration de l’intime et symbole de l’émancipation féminine, Diane Arbus qui prend les traits de Nicole Kidmann dans son biopic Fur : un portrait imaginaire de Diane Arbus, continue de fasciner autant qu’elle dérange.

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Marine de Rocquigny © Art & Facts

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