Floryan Varennes : vision fragmentée

février 24 | Articles récents, Volume

« La place hégémonique du vêtement dans l’art contemporain », Floryan Varennes en décortique les axes sous toutes ses coutures. Que ce soit la dimension sociétale, l’univers médical ou encore en écho au travail d’un médiévaliste, l’artiste plasticien diplômé de l’Ecole supérieure d’art de design de Toulon subjugue avec un travail d’une rare complexité. Tant par la création technique de ses œuvres, que par les symboliques et questionnements qu’elles suscitent, cette complexité s’oppose avec une esthétique minimale et épurée où règne la singularité d’un talent en devenir. Décryptage.

«Le Moyen-Âge ne m’a retenu que parce qu’il avait le pouvoir quasi magique de me dépayser, de m’arracher aux troubles et aux médiocrités du présent et en même temps de me le rendre plus brûlant et plus clair». Si ces mots furent prononcés par Jacques Le Goff, éminent médiéviste français, ils semblent avoir été inventés pour l’œuvre de Floryan Varennes.

Quintessence insondable de l’âme même du Moyen-Âge et de tout ce qu’on lui prête. Floryan est savamment mystique, son art est à son image. Silencieux et pourtant assourdissant. Étincelant et si sombre. Comme le Moyen-Âge, entre fantasme et réalisme, il offre les deux visages d’une même humanité : si pure et pourtant si torturée. L’artiste nous élève pour nous ramener à une introspection nécessaire.

Ce pari fou, il le remplit tel un thaumaturge en jouant avec les matières et en détournant le vêtement. Son œuvre Hiérarques est un exemple flagrant : en retravaillant des cols de vestes d’hommes, Floryan Varennes leur offre une seconde vie. L’andros se transforme, il s’élève socialement pour devenir hiérarque. Les formes se mélangent. L’on pourrait presque deviner, au détour d’un regard, la forme d’un sexe féminin dans ces grandes silhouettes. Le vêtement prend corps. L’homme devient haut. L’homme devient femme. La forme est pourtant dure. Elle se découpe sur un mur blanc et cette position l’isole. La rumeur sourde est présente et la douleur tacite.

Dyade parle de cette douleur. Le col enserre : sa blancheur immaculée cache une multitude d’épingles. Il devient piège. Il représente alors un danger de la condition d’humain. La rigidité d’une époque sous couvert de beauté diaphane. A la façon des artisans du Moyen-Âge, Floryan Varennes crée un bas relief criant de vérité : la souffrance de l’identité et de la dualité, encore et toujours présente lancinant le corps. C’est pourtant dans ce simulacre de vie meurtrie que la psyché se débat et tente de s’étendre. Tant et si bien qu’il semblerait être nécessaire qu’elle en sorte pour s’évanouir.

Survivance est à l’image de ce conflit. Le col, échoué au sol, étend ses ondulations. L’être s’étend dans un dernier effort pour survivre, tel une créature marine à la dérive. Pourtant, le col rigide est toujours présent, et le carcan devient guide. Tel un rendez vous d’apparat, les fils perlés entraînent le col-raison au rythme d’une danse macabre figée.

Tantôt grandiose, tantôt minimaliste. Le rythme est une composante essentielle du travail de l’artiste. L’exubérance de la création avec ses pièces monumentales laisse parfois place à la simplicité. Il faut prendre le temps de la réflexion, le temps de l’observation. Son univers aseptisé et fantasque où les tumultes torturés d’un Moyen-Âge clair obscur mettent en exergue, comme le disait J. Le Goff, l’éclatante pureté d’un siècle médicalisé.

Eva Insula fait le lien entre ses univers avec intensité. L’aiguille est toujours présente. La forme n’est pas étrangère, mais elle est plus claire. Elle nous parvient comme un bouclier contre la réalité. Un vitrail au travers duquel nous apparaît le prisme d’une phénoménologie. Toute la réflexion polysémique et analogique nous mène alors vers cette œuvre tel un cheminement logique. Le passé et le présent mélangé. L’être et la matière. La grâce dans la souffrance. Le mystique dans le réel.

Exposition monographique :

« Even Spectres Can Tire »
Galerie G
Complexe Gérard Philipe Rue Charles Sandro
83 130 La Garde

Du 11 mars au 12 avril 2017

+ Floryan Varennes

www.floryanvarennes.com

Julie-Emilie Milleliri © Art and Facts

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