Philipp Jelenska

Religion : oh my God !

septembre 8 | Focus

Blasphématoire en France avant 1789, la représentation des icônes bibliques s’accorde aujourd’hui toutes les provocations ! Les 30 artistes contemporains sélectionnés s’inspirent sans retenue de la divinité. La vierge Marie, thème récurrent en peintures et en sculptures religieuses chrétiennes, est érigée au rang de superstar. Elle stimule photographes, designers, peintres et performers dans un monde contemporain où la religion ne compte plus ses brebis égarées. Point de critique ici, dans le respect des croyances de chacun, ce focus religieux dresse un portrait artistique des représentations iconiques qui fascinent depuis la nuit des temps.

En France, les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ont aboli la notion de blasphème comme tel, offrant ainsi la liberté de religion. Pour mieux comprendre, retour historique par une spécialiste du sujet. Julie-Emilie Milleliri, Maître es Histoire, spécialité iconographie religieuse médiévale donne son point de vue historique sur la question : 

« Depuis des millénaires, l’homme ressent un besoin irrépressible de représenter la divinité. Il y a 32.000 ans déjà, les hommes du paléolithiques taillaient et modelaient des figures que les archéologues et les historiens tendent à identifier comme étant les figures de leur divinité comme  l’Homme Lion de Hohlenstein-Stadel ou les Vénus pulpeuses. Du plus profond des âges, cette représentation figurée de la divinité devient une manne pour les artistes.

« L’émergence du christianisme, au début de notre ère, annonce les plus belles heures de l’art religieux mais également les plus sombres ». 

À l’Antiquité, ils représentent les Dieux à grand renfort de sculptures et de fresques. La mythologie est, tout à la fois, un ornement religieux prisé et un attribut politique de choix. C’est à cette époque que l’artiste – qui n’était alors encore qu’artisan – fait sa première rencontre avec les arcanes du pouvoir. Il en héritera une histoire passionnelle avec le sujet le plus prolifique de ces 21 derniers siècles.

L’émergence du christianisme, au début de notre ère, annonce les plus belles heures de l’art religieux mais également les plus sombres. Hormis quelques exceptions, comme la maison de Doura-Europos, les premiers chrétiens se tiennent éloignés des images qu’ils identifient comme étant une résurgence néfaste de la religion païenne.

De nombreux épisodes iconoclastes émaillent l’Antiquité tardive et le haut Moyen-Age notamment dans l’Empire Byzantin. En Occident, l’empire carolingien, si il ne condamne pas les images, s’en méfie. La religion n’a que 6 siècles et le dogme est encore stricte quand à l’adoration des images. Les instances religieuses, avec à leur tête le pape Grégoire le Grand, y voient cependant un nouveau médium pouvant servir à l’éducation. L’image revêt une fonction pédagogique. L’art religieux s’épanouit alors dans le monde occidental sous toutes les formes possibles et imaginables. Les donateurs fleurissent et l’architecture romane, puis gothique, parsèment le paysage d’édifice rutilant s’élevant vers le ciel. Les artisans-peintres les ornent de fresques monumentales et les artisans-sculpteurs façonnent les tympans à la façon de scènes historiées. Les manuscrits se couvrent d’enluminures qui témoignent de la pensée et du dogme du moment. L’art religieux et le pouvoir religieux et laïc sont encore liés par un but commun : la transmission.

« La Renaissance voit la création de quelques unes des plus belles prouesses techniques de notre temps dans tous les domaines ».

La Renaissance complexifie cet art en plein essor. L’invention de la peinture à l’huile, l’utilisation de toile et la mise au point des techniques de perspectives par Filippo Brunelleschi élèvent l’artisan au rang d’artiste. De grands mécènes apparaissent, notamment dans les états d’Italie et le royaume de France. Les artistes commencent une grande transhumance entre les différents mécènes. Le pape étant l’un des mécènes les plus importants d’Italie. La Renaissance voit la création de quelques unes des plus belles prouesses techniques de notre temps dans tous les domaines. On citera la basilique Saint Pierre et son dôme monumental créée par Bramante, Michel-Ange et Le Bernin. Mais aussi les croquis d’ingénierie fabuleusement novateur de Léonard de Vinci. Les maîtres font preuve d’une technique et d’une grandiloquence sans pareil. Il est impossible de citer tous les chefs d’œuvre picturaux de la Renaissance. Nous retiendrons ici la grandeur fastueuse de Véronèse avec ses Noces de Cana, l’intelligente subtilité de Léonard de Vinci, dont la Cène est encore décodée de nos jours, et les couleurs rutilantes du Jugement Dernier de Michel-Ange, celui que l’on surnommait le « terrible souverain des ombres ».

L’époque moderne entame le « déclin » de cette phase de grandeur. Si l’art religieux est toujours bien présent, l’art profane lui emboîte le pas. Les souverains laïcs revendiquent l’art pour eux même et la Réforme de Luther tempère l’ardeur des iconophiles jusque dans l’entourage proche des souverains. L’homme moderne construit toujours des églises et les ornent richement. Le baroque donne une place d’honneur aux peintures ornées de dorures et d’entrelacs. Cependant, l’avènement du rococo et l’enclin pour une Antiquité idéalisée affaiblit légèrement la force de l’iconographie chrétienne. L’Empire napoléonien amorcera symboliquement le concept d’état de l’art profane et son ascendance sur l’art religieux tout comme il l’avait signifié en se couronnant lui même face au pape en représentation.

C’est à la fin du 19ème et avec la libération de l’artiste du carcan de la hiérarchie laïque ou ecclésiastique, que l’art religieux prend un sens nouveau. Libéré des contraintes du dogme, l’artiste s’interroge sur la religion et l’interprète à travers l’art. On pense notamment aux œuvres de Chagall, Gauguin ou encore Bacon, Picasso ou Dali. L’art devient revendicatif. Il est subversif. Là où le maître, jadis, sublimait par le style ou la technique, l’artiste moderne cherche les réponses et tente de briser les carcans de siècles de tradition avec une recherche et un inventivité sans cesse renouvelée. »

Voici en image la sélection historique de notre intervenante :

Préhistoire

Antiquité

Art roman

Art gothique

Renaissance

Baroque

Symbolisme

Moderne

hh

Place maintenant à la sélection contemporaine concoctée par Art and Facts. Les plus grands noms actuels tels que Wim Delvoye, Jan Fabre, David La Chapelle ou encore Jean Paul Gaultier se mêlent aux artistes d’aujourd’hui pour donner leur vision de la représentation artistique religieuse. Tout ou presque a été fait pour dresser le portrait d’une thématique aux symbolisme forts. Architecture, photographie, design, mode, illustration… tout les médiums sont à l’honneur pour transcender ou caricaturer la métaphore de Dieu. Un focus de 30 artistes à admirer religieusement !

Avec : Evelyn BencicovaTomaasThe Makerie StudioRomain CrelierGarjan AtwoodDavid La ChapelleSaturno Buttò, Alberto LanzPhilipp JelenskaOleg DouKatarzyna WidmańskaAlexey KondakovWow! Grass!Andres SerranoMichael Murphy, Alana Dee Haynes, Martin GrohsValeria VaccaJavier Cortina, Le TurkQuentin LegalloJean Paul GaultierWim DelvoyeEd JamesAneta Kowalczyk & Aldo Kacper LipinskiKhoa BuiMatt Crump, Alex Stoddard, Mirial et Jan Fabre

A lire également sur Art and Facts, les articles dédiés à certains artistes de la sélection : 

Garjan Atwood : beautés endormies

La noirceur d’Alberto Lanz et Manuel Diaz

Oleg Dou : artificialité

Les dessins graphiques d’Alana Dee Haynes

Interview – Le Turk : abracadabrantesque !

Aneta Kowalczyk : femme enfant

Matt Crump : minimalisme couleur bonbon

Anthony Mirial, un artiste béni des dieux

 

Focus par Julie Baquet / Intervenant Julie-Emilie Milleliri © Art and Facts

 

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