© Helmut Newton estate

Helmut Newton : érotique impétueux

février 13 | Photographie

Précurseur intemporel, Helmut Newton a marqué la photographie du XXème siècle. Entre couvertures de Play boy, unes de Vogue et publicités pour son ami Yves-Saint-Laurent… Paparazzi dans l’âme, il réinvite les photos de style, faisant de la mode un fait divers, raconte une histoire en couleur. Mais son terrain de prédilection est autre. Magnifié par la pureté du noir et blanc : le nu. Or, la France, puritaine parfois, n’apprécie guerre ses inclinations et ne lui affiche pas une grande sympathie. Ledit pervers voit fermer, une par une, les portes des musées français. Aucune exposition, même post-mortem ne lui est dédiée jusqu’en 2012, au Grand Palais. La rétrospective niçoise au musée de la photographie, du 17 février au 28 mai est jouissive : rendre hommage à l’œuvre de ce géant, aux ailes souvent jugées trop longues par ses contemporains français.

Jambes interminables, poitrine charnues. Alors que les femmes se libèrent et s’émancipent, Helmut Newton assiste et participe à leur effeuillage. Elles sortent du cadre pour entrer dans l’objectif du photographe qui se joue des interdits. Clichés érotiques, impétueux qualifiés de « Porno chic ». Une antithèse totale qu’il cultive avec grâce, sublimant courbes et galbes. Chacun de ses clichés immortalise une beauté. Mannequins et actrices le savent et acceptent, pour ça, de lui dévoiler leurs lignes parfaites, loin de ce que l’on qualifie, à l’époque, d’acceptable.

« Le terme « correct » évoque pour moi les régimes fascistes »

Helmut Newton fuit le correct au même titre qu’il a dû fuir le fascisme. En 1938, emportant son judaïsme et son appareil photo, il quitte l’Allemagne nazie pour l’Australie. Il y rencontre l’amour de sa vie : June Brunell, et l’épouse en 1948. « Mon premier amour sera toujours la photographie, tu seras le second. » L’actrice s’en contente. Elle abandonne rapidement ses inclinations cinématographiques pour suivre partout son cher et tendre, ne plus jamais le quitter. Elle l’assiste dans son travail et perce elle-même dans la photographie en 1970, sous le pseudonyme d’Alice Springs.

« Il voue un véritable culte à la femme nue, en statut en peinture mais surtout en vie, il peut la contrôler, elle ainsi que chacun de ses muscles« , commente June, lors d’un shooting où il incite Julie Strain à toutes les contorsions pour obtenir la meilleure pose. Son exigence, parfois autoritaire, lors des séances doublée de cette nudité obsessionnelle lui attise les foudres des féministes. A clichés misogynes, photographe misogyne. Mauvaise réputation. Lors d’une émission de télévision en 1979, Suzan Sontag, une critique très virulente le concernant, l’accable d’un machisme béant. A cela, il répond simplement : « Les vêtements ce n’est pas très importants.« 

Bien que nues, ses modèles ne trahissent jamais le moindre signe de faiblesse. C’est en amazones qu’elles se dressent prêtes au combat, laborieux, fastidieux, de l’égalité des genres. Misogyne n’est pas celui qui montre ses contemporaines fortes et puissantes. La sexualité qui transpire de chaque cliché est loin de l’asservissement de la femme. Ici, la Vénus provocatrice interpelle l’homme, subjugué par cette beauté figée, autant qu’elle lui jure son inaccessibilité. Elle prend des airs de dominatrice, libre. Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Kate Moss et bien d’autres s’exposent sous ses flashs en exemples de puissance et de sensualité. « Curieusement il reste toujours une forme de mystère dans les photos de Newton, même dans les plus osées, les plus crues », déclare Catherine Deneuve qui se prête également au jeu.

Helmut Newton, en dépit d’une réputation sulfureuse sujette à la controverse, s’impose comme l’un des plus grand photographes du XXème siècle et ne cesse de faire du bruit. Comme sa Cadillac qui vient s’écraser contre un mur de Sunset Boulevard en 2004. Il s’éteint quelques jours plus tard, nous léguant une oeuvre à la sensualité exacerbée figée dans des clichés froidement érotiques, une représentation de la femme libre parfois provocante.

Musée de la Photographie Charles Nègre
1 Place Pierre Gautier
06364 Nice

Du 17 février au 28 mai 2017
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h

+ Helmut Newton

+ www.helmut-newton.com

Marine de Rocquigny © Art and Facts

 

 

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