Aaricia Varanda

Interview – Aaricia Varanda : sombre poésie

mai 19 | Interviews

Avec grâce, les photographies d’Aaricia Varanda s’apprivoisent. Intuitive, créative, l’artiste basée à Paris exprime son talent dans une perpétuelle introspection. Les histoires qu’elle narre se révèlent comme un supplément d’âme. Chaque détail : maitrise de la lumière, courbes, poses et modèles suggèrent une subtile émotion. Dans des chorégraphies fœtales un souffle ténébreux exhale de son travail photo-poétique. Une atmosphère pesante ou l’esthétique est exacerbée tel «le soleil noir de la mélancolie», célèbre oxymore du poète Gérard de Nerval. Avec délicatesse, Aaricia Varanda confie sa prose dans une interview. Une invitation dans la magnificence d’un univers fragile.

Art and Facts : Qui est Aaricia Varanda ?

Aaricia Varanda : Je pense être ambitieuse et travailleuse. J’aime la liberté donnée par mon métier. Je me réalise véritablement lorsque je transpose dans le réel ce que j’ai en tête.

A & F : Quel est votre parcours artistique et professionnel ?

A.V : J’ai appris la photographie au Lycée Auguste Renoir en BTS. J’ai ensuite fait des stages chez deux photographes, Nicolas Guérin et Thomas Lavelle, qui m’ont beaucoup appris. J’ai ainsi vu pour la première fois des prod d’éditos, des mannequins d’agences, des maquilleurs et coiffeurs très talentueux et j’ai su ce que je voulais faire : raconter des histoires par l’image. Aujourd’hui je vis et travaille à Paris.

« J’adore créer des ambiances, des atmosphères lourdes dans mes images ainsi que le travail sur les courbes du corps. »

 

A & F : Un souvenir photographique à partager ?

A.V : Je faisais un lookbook et nous shootions sur les toits de Paris. Nous étions un peu pressés par le temps. Et, sortie de nulle part, une énorme averse nous tombe dessus.
Le vent et la pluie se déchainaient, le parapluie installé en catastrophe pour protéger le matériel menaçait de s’envoler toutes les 15 secondes. Le maquillage de la mannequin dégoulinait sur sa peau. On a tous explosés de rire et on a fini pour le principe. Mais bon, les vêtements trempés et le mannequin ruisselant, ce n’était visiblement pas du goût de la marque.

A & F : Comment se passent les shootings et choix créatifs ?

A.V : La plupart du temps, j’ai une image qui me vient en tête, simple, brute comme un flash. Ce n’est encore qu’une impression, une ambiance, une vision brouillée. Elle arrive à tout moment et n’importe où. A partir de là, une idée commence à se former dans mon esprit en veille. Je continue ce que je fais sans y prêter attention, mais constamment mes pensées me ramènent à cette impression. D’autres tableaux se forment, une histoire se dégage et je commence à y voir clair. Je fais dans les jours suivant un moodboard pour la série en question que je propose aux personnes avec lesquelles j’ai l’habitude de travailler (coiffeurs, maquilleurs, stylistes…) J’ai tendance à tout imaginer seule que ce soit les maquillages, coiffures, etc, mais je sais écouter les avis et conseils des personnes qui m’entourent et tous ensemble nous créons un projet personnel.

Le jour du shooting, j’aime que tout le monde donne son avis, ses impressions sur les images prises afin d’aller plus loin. Je trouve ça extrêmement important lorsque nous faisons des collaborations que tout le monde y trouve ce qu’il cherche. Par ailleurs, je pense très sincèrement que c’est l’union d’une équipe créative qui porte le projet plus haut et qui nous permet de se dépasser. Je suis très reconnaissante des personnes avec lesquelles je travaille et sur lesquelles je peux toujours compter.

A & F : Des influences et symboliques particulières qui vous tiennent à cœur dans vos créations ?

A.V : L’esthétique est mon seul but, je n’ai pas d’engagement particulier ni de message à faire passer. Pour autant, je suis très attachée à montrer la femme de façon poétique. J’adore créer des ambiances, des atmosphères lourdes dans mes images ainsi que le travail sur les courbes du corps.

A & F : Votre univers très esthétique suggère une atmosphère sombre. Souffrance et mélancolie se dégagent émotionnellement des modèles de vos photos. Etes vous d’accord avec cette vision des choses sur votre travail ?

A.V : Oui, cette vision est en adéquation avec l’esthétique que je recherche. C’est dans un but d’introspection que je photographie. Pour le moment, j’explore des contrées sombres parce que c’est qui me vient naturellement, c’est ce qui me parle et ce que je trouve beau. Par exemple, mes modèles incarnent toujours un personnage en repli sur lui-même, recroquevillé, hasardeux, déstabilisé, une personne se cherchant encore. Ainsi, la mélancolie est le terme idéal car il représente à la fois l’idée de tristesse mais aussi de poésie. C’est le paradoxe des deux que je trouve particulièrement intéressant. Faire du beau avec le laid est un véritable enjeu pour moi.

A & F : Quelles histoires voulez-vous raconter à travers vos photographies ?

A.V : Lorsque j’ai commencé à faire des séries je ne cherchais pas à introduire de narration. Je ne racontais rien. Puis petit à petit, j’ai remarqué que ce qui faisait la différence entre une série et une autre est la narration, le sens, la symbolique que l’on apporte en plus, qui permet d’enrichir et d’élever la série. On ne fait pas seulement des images mais on construit des tableaux. J’ai introduit dans ma dernière série « BLANK » une nature-morte : des mains jointes, liées par des bandages de cheveux tiennent en leur creux des fleurs séchées rouge vif. Ces deux éléments seront repris dans d’autres images et permettent de lier entre elles les photographies. Je souhaite vraiment me tenir à cette nouvelle résolution et faire de chaque série un récit à part entière.

A & F : Avez-vous des projets en cours et à venir ?

A.V : Je travaille actuellement sur deux nouveaux projets qui se concrétiseront courant mai-juin. Un premier dont je suis très impatiente de voir le résultat car très personnel et artistique. De plus cela faisait longtemps que cette idée dormait, que le moodboard était fait, il ne manquait plus que le temps. Cherchant de plus en plus à inscrire de la narration dans mes images pour les rendre plus fortes et sensées, je pourrais par cette série m’engager pleinement dans cette voix.

Le second projet est destiné à une revue papier. C’est la première fois que je travaille directement avec un magazine, que je réalise la série pour eux et qu’ils m’épaulent tout au long des étapes. C’est une nouvelle façon de faire pour moi car j’avais jusqu’alors l’habitude de faire mes choix seule. Je pense pouvoir énormément apprendre de cette nouvelle expérience.

J’ai vraiment hâte de réaliser ces deux nouvelles séries qui me rapprochent de plus en plus de mon idéal.

+ Aaricia Varanda

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Julie Baquet © Art and Facts

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