Cédric Roulliat

Interview – Les stéréotypes de Cédric Roulliat

septembre 18 | Interviews

Une définition des photographies de Cédric Roulliat ? Sensuelles, glamour mais surtout terriblement à contre courant où l’humour des poses exagérées sont un rempart aux stéréotypes de la société. Les hommes deviennent des objets face à des femmes à la testostérone exacerbée. Les photographies narratives des scènes hollywoodiennes de Cédric Roulliat se juxtaposent à la mise en valeur de lieux singuliers. Les œuvres du prolifique artiste sont actuellement à découvrir à la galerie COD à Lyon et prochainement au Centre Culturel André Malraux D’Herblay. En images et en mots, son processus créatif.

 

Art and Facts : Quel est votre parcours artistique ?

Cédric Roulliat : Je viens du dessin, de la bande dessinée pour être exact, et m’en suis petit à petit détaché pour me consacrer entièrement à une pratique de la photo me permettant de mieux mettre en scène les personnages archétypaux qui me fascinent depuis le début.

A&F : Votre travail est proche du roman photo, de la vidéo et de la bande dessinée où chacune de vos photographies racontent une histoire. Un style qui vous tient à cœur ? Pourquoi ?

C.R : L’image arrêtée, avec ce qu’elle laisse entrevoir d’une histoire plus ample, est un appât pour l’imagination, une énigme à résoudre, un puzzle à compléter. C’est ce qui me passionne depuis que gamin je rêvais devant les pages du Télé Poche présentant les images des films du soir, fragments d’une aventure plus belle et flamboyante dans mon esprit que dans le film qu’il ne m’était alors pas permis de visionner.

A&F : Parlez-moi de la thématique de l’homme objet et de la femme objet où les rôles sont mêmes parfois inversés.

C.R : Culturellement nous sommes habitués à voir des corps de femme dénudés (une étude a montré qu’au Metropolitan museum, 83% des nus sont féminins), parfois aux côtés d’hommes habillés.  J’aime que dans mes compositions ce soit l’inverse. Il y a une part de malice, et c’est un rapport que je trouve beaucoup plus troublant.

« L’image arrêtée, avec ce qu’elle laisse entrevoir d’une histoire plus ample, est un appât pour l’imagination, une énigme à résoudre, un puzzle à compléter »

A&F : Cette thématique se juxtapose à une esthétique de photo de mode. Une contradiction voulue ?

C.R : Cette contradiction n’est pas étudiée, elle est le fruit d’une synthèse d’influences diverses, et la mode (vision artificielle et stylisée des corps) est l’une de ces influences.

A&F : D’autres thématiques qui vous tiennent à cœur de mettre en avant dans votre travail ?

C.R : Je ne sais pas si « thématique » est le bon terme, il me semble un peu solennel dans mon cas ; je sais en revanche ce qui ne cessera de m’émouvoir : le fantastique, la série noire, le classicisme hollywoodien, et toute œuvre parvenant à faire cohabiter la beauté et le surnaturel.

A&F : Quels photographes vous inspirent ? Je pense à Anja Niemi par exemple ou d’autres sources d’inspiration.

C.R : Je ne connaissais pas Niemi mais après vérification son univers est en effet très proche du mien (ou vice versa). Je dois beaucoup à Bourdin, Newton, Goicolea, McGinley, Cahun, mais aussi à Spielberg, Lee + Kirby, Claremont, Doré, Clouzot, Caravage, Carroll, Moreau, Almodovar, De Palma, Hammett, Maupassant, Franju, Hitchcock. Et des centaines d’autres !

A&F : Vos photographies suggèrent un grand travail en dehors de la post production, comment procédez-vous lors de vos shooting ?

C.R : Les séances reposent sur la recherche de décors propices à des mises en scène, aussi une grande partie du travail consiste-t-elle à faire concorder la disponibilité du lieu, celle des modèles et des maquilleurs et coiffeurs. Un repérage permet de planifier la séance et de préparer des croquis qui serviront de plan de travail. Une fois les tableaux définis, je rassemble le stylisme, seul ou aidé. Il est impossible de faire l’économie de la planification de la séance. Mais les images qui me sont les plus chères sont aussi parfois celles qui se sont improvisées à la faveur d’un merveilleux hasard.

A&F : Concernant la post production ?

C.R : Dans le meilleur des cas, la post-prod se limite à gommer quelques imperfections et à gérer contraste et colorimétrie. J’essaie de faire en sorte que 95 % de l’image finale existe déjà à la prise de vue. J’évite dans la mesure du possible de recourir à de trop importants trucages.

A&F : Quels sont vos projets ? De nouvelles séries à venir ? Des expositions ?

C.R : Les prochaines séries seront dictées par les accès que j’espère obtenir à des lieux tels que : piscine, aérodrome, gratte-ciel, centrale nucléaire.  Quant aux expositions, dix nouvelles images sont actuellement visibles à la galerie COD, 17 rue des remparts d’Ainay à Lyon 2e ; et en octobre, le Centre Culturel André Malraux D’Herblay accueillera une quinzaine de grands tirages rassemblés sous le titre d’«Autres combinaisons du hasard».

 

 

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Julie Baquet © Art and Facts

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