François Vendiol

Interview – Les bouches de François Vendiol

octobre 14 | Interviews

«L’envie de créer, c’est le cri sourd qui ne sort pas de la poitrine comme faire l’amour à quelqu’un qu’on aime sans lui dire ou la voir partir dans un cercueil. Les choses qu’on ne montre pas, qu’on ne dit pas», François Vendiol un jeune artiste de 33 ans s’est livré dans une interview à Art and Facts.

Le photographe distille avec talent des clichés au style épuré et aux thématiques à la fois dérangeantes et poétiques. Il pose un regard esthétique sur le corps, la femme, la bouche… et prépare pour 2015 une série autour du thème de l’acceptation de la mort.

Art and Facts : Qui est François Vendiol ?

François Vendiol : La sale question, j’aimerai que quelqu’un réponde à ma place, mais je vais tenter d’être objectif. C’est un mec qui a toujours le sentiment d’avoir la moitié de son âge, et qui a un mal de dingue à rester concentré sur une chose à la fois, la photo justement, est certainement la seule discipline à avoir su canaliser le gamin hyperactif qui cabriole à l’intérieur. Il a énormément de mal à imiter ses congénères sur les «grands choix» de la vie comme la politique ou la religion, ne comprenant pas pourquoi on devrait se trouver des maîtres alors qu’on passe notre temps à s’émanciper de ceux que la vie nous impose (parents, professeur, supérieurs hiérarchique…). A une activité onirique très intense. Dès qu’il dort un peu, il la confond parfois avec le réel, ce qui lui a donné un goût pour les états de consciences modifiés.

A&F : Quel est votre parcours artistique ? Votre première rencontre avec la photographie ?

F.V : Il n’y a pas de réel parcours artistique me concernant. J’ai grandi dans un milieu où on accorde très peu de crédit à l’art.
J’ai commencé à jouer avec un pola vers l’âge de 8 ans, c’est certainement ma première rencontre avec la photographie. Quelques années plus tard, vers l’âge de 15 ans, je prends en main un 24×36 argentique à travers l’Espagne et le Maroc. C’est là qu’aura lieu mon éveil à la lumière. Ce boîtier me suivra partout pendant deux ans avant que les longues journées d’ennui lycéen amènent le dessin comme expression graphique principale, mais comme ce fût le cas pour la musique, je lâche le crayon par simple manque de conviction dans mes créations.

En 2009, un ami rentre d’Inde et me tend son numérique pour éviter de répéter une énième fois son périple. Je suis frappé par des portraits de singes en meute occupants des quartiers abandonnés à contre-jour. Une semaine plus tard je reprenais la photographie avec force et conviction.

A&F : Et la retouche dans tout ça ?

F.V : J’y étais justement farouchement opposé lorsqu’en 2010 je rencontre Vincent Chambon, c’est en voyant son travail que j’ai compris l’intérêt de la post-production.
Depuis, je continue d’apprendre en autodidacte comment ce qui est dans ma tête peut prendre forme grâce aux outils numériques.
J’ai diverses approches de la retouche, on va dire que ces derniers temps la couleur et la lumière composent 90% du temps passé à retoucher une image. Mais, ponctuellement, j’aime m’en servir pour donner vie à ce qui n’existe pas au delà de ma boîte crânienne.

 

A&F : Qu’est ce qui vous inspire ?

F.V : Ha… L’inspiration première vient en général d’un rêve plus fort, plus réel, plus dérangeant qu’un autre. Ensuite il y a un morceau de musique écouté en boucle pour digérer le rêve en question qui donnera les traits, les idées d’une image. Il y a l’inspiration de l’instant qui relève plus de l’instinct voire du réflexe quand tu sens que ce que tu vois est parfaitement révélateur de ce que tu es en train de vivre, et je parle au sens large, ça peut être très figuratif de l’instant présent comme parfaitement allégorique de la période que tu traverses. La musique, des paroles qui refusent de sortir de ta tête tant que tu ne leur a pas donné une nouvelle vie dans une image.
Plus concrètement je ne vais pas réécrire ce que beaucoup ont dit. L’envie de créer c’est le cri sourd qui ne sort pas de la poitrine comme faire l’amour à quelqu’un qu’on aime sans lui dire ou la voir partir dans un cercueil. Les choses qu’on ne montre pas, qu’on ne dit pas.

A&F : Comment se passe votre processus créatif, l’idée d’une photo ? 



F.V :
 Je dirai qu’il y a deux types de processus, celui qui vient de moi et celui qui vient des autres. Quand je tiens une idée, je la note et je la propose aux personnes que je sais être sensibles à cette dernière afin d’échanger pour enrichir l’idée première. Quand on a plus rien à ajouter, on sait qu’on doit faire l’image. Mais, j’aime écouter ce qu’un modèle ou un(e) ami(e) désire exprimer et suivre la personne dans son expression. Dans ce cas, il n’y a rien d’écrit et beaucoup d’impro, l’important étant de rester dans l’état émotionnel de l’idée première. On ne sait jamais ce qui sortira, il n’y a pas de direction particulière, le but étant de capter une attitude que la personne n’a pas réellement conscience d’avoir. Pour en revenir à l’impro, elle reste quand même l’élément central du plaisir qu’on peut prendre en faisant des images, omniprésente à la prise de vue comme à la retouche.

La bouche : « Elle est notre toute première source de plaisir et de satisfaction dans la vie et on apprend très tôt à y greffer un petit sac à venin pour s’en servir comme moyen de défense… ou d’attaque« 

A&F : La bouche est quelque chose qui ressort dans vos photographies, pourquoi ?

F.V : 
C’est une porte vers notre intérieur, sa forme révèle souvent le caractère d’une personne. On peut y lire l’appétit ou la nausée que quelqu’un a de la vie. Elle me paraît être au centre des relations instinctives, avec le regard. Elle est notre toute première source de plaisir et de satisfaction dans la vie et on apprend très tôt à y greffer un petit sac à venin pour s’en servir comme moyen de défense… ou d’attaque. Plus tard elle deviendra notre premier référent sexuel lorsqu’une personne nous attire et qu’on veut la goûter afin de savoir si il y a une compatibilité initiale.

 Il y a tellement de sujets qui m’inspirent à son sujet comme le souffle, le rapport à la nourriture, l’ambivalence de la parole…






A&F : Avez vous des projets à venir ? 


F.V :
 Il y a ma récente professionnalisation dans la photo qui constitue l’essentiel de mes projets à court et moyen terme, affirmer un style dans le travail de commande.

Concernant les projets personnels créatifs, j’aimerai proposer dans mes images une autre acceptation de la mort, sans ce caractère tragique que trop de cultures cultivent.
Imaginons que sapiens sapiens soit en paix avec l’idée de mourir, sans tuteur externe de type religion ou convictions basées sur des suppositions. 
Qu’adviendrait-il ?
 Est-ce qu’on verrait disparaître l’AK-47 ou au contraire croître leur nombre ?
 Ce sera certainement dans mes projets vidéo, pour les photos je commence la prise de notes pour une série basée sur une chanson décrivant plusieurs tableaux de mise à mort, mais c’est mignon, c’est une comptine.
 Ca verra le jour en 2015.
 L’approche du corps devrait évoluer vers la représentation de la douleur physique en opposition à la souffrance morale.

+ François Vendiol

+ Tumblr & 500px

 

Julie Baquet © Art and Facts

Autres articles

« »