Juliette Bates

Interview – Juliette Bates : histoires naturelles

mars 17 | Interviews

Les histoires de Juliette Bates sont narrées avec une froideur fascinante. A la limite du chirurgical, son univers austère prend vie sous les lumières diaphanes. Dans « Histoires Naturelles » le récit qu’elle divulgue est anonyme. Son personnage exprime avec fragilité ses interrogations sur la nature, le cycle de la vie et sa condition. Des questionnements qui restent sans réponses dans cette série ensorcelante. Magie noire, sciences occultes, vanités, anormalités, curiosités… les thématiques fourmillent dans le travail de cette photographe.

En perpétuelle réflexion, Juliette Bates travaille actuellement sur de nouveaux projets. En ligne de mire : « La symbolique alchimique, l’idée de transformation, de création, la confrontation de l’Homme avec la Nature et les éléments ». En attendant, l’artiste expose à l’hôtel La Belle Juliette à Paris du 18 mars au 31 mai sur la thématique : ailes, plumes et terre.

Art and Facts : Qui est Juliette Bates ?

Juliette Bates : Je suis (re)venue à la photo après un Master d’Histoire de l’Art à Paris X en 2007, dont le sujet de mémoire portait sur la photographie ancienne, et plus particulièrement sur les portraits de « Freaks » au XIXème siècle. Puis j’ai eu envie de passer à l’acte après ces études théoriques, en réalisant que le domaine de la recherche universitaire ne me convenait pas vraiment. J’ai donc intégré une école de photographie, qui m’a permise de définir peu à peu ce qui m’intéressait dans ce médium.

Aujourd’hui, je vis et travaille à Paris.

A & F : Racontez moi l’histoire du personnage de votre série « Histoires Naturelles »

J.B : Le personnage d’Histoires Naturelles, est une silhouette vêtue de noir, volontairement anonyme. Elle est constamment représentée de dos, ou le visage coupé par le cadre, ce qui permet de se concentrer sur l’histoire et faire intervenir l’humain au sens large et non pas en tant qu’individu. Cela pourrait être moi (ce sont généralement des autoportraits) comme n’importe qui d’autre.

« Histoires Naturelles » est une fiction narrative, une histoire avec un début et une fin, au cours de laquelle le personnage va s’interroger sur la nature, le cycle de la vie, sa condition, sa fragilité. C’est une sorte de naturaliste. Il manipule, collectionne, apprivoise l’animal et le végétal, et tente de s’approprier, de comprendre le monde qui l’entoure. En vain.

A & F : Votre travail artistique est d’une froideur fascinante et démontre à la fois une grande fragilité des êtres, êtes vous d’accord avec cette définition de votre « style » ?

J.B : Froideur, minimalisme et fragilité sont des aspects qui m’intéressent particulièrement, mais qui surtout, s’accordent parfaitement avec le thème de cette série que l’on peut appréhender comme une sorte de « Vanité ». C’était important à mes yeux de traiter le sujet avec une lumière froide, diaphane, et nordique, et m’éloigner des ambiances chaudes, sombres et luxuriantes qui prédominent dans les natures mortes du XVIIème siècle.

Je trouvais intéressant de parler de fragilité et d’éphémère avec une rigueur formelle presque glaçante et chirurgicale. En même temps, il y a quelque chose de très « naïf » et d’enfantin dans ces images, car rendre « mignonnes » et ludiques des choses qui sont à la base plutôt angoissantes m’amuse énormément. J’adore jouer avec les contrastes.

A & F : Cabinet de curiosité, taxidermie, thème de la vanité… ces éléments sont omniprésents dans vos photographies, pourquoi ?

J.B : Ces choses se rapportent à tout ce qui m’attire et me fascine depuis longtemps : les collections, l’animal et le végétal, le contre nature, l’étrange. En prime, tout cela s’apparente aux notions d’éphémère, d’anormalité, de conservation et de fragilité qui m’intéressent particulièrement.

A & F : Ou puisez-vous votre inspiration ?

J.B : J’ai eu envie de concrétiser cette série après la visite de l’expo « C’est la vie ! » au Musée Maillol en 2010, qui offrait un panorama du thème des « Vanités » à travers les époques.  J’avais bien aimé, mais je trouvais qu’il manquait un regard un peu différent sur ce thème : une vision un peu moins attendue, plus lumineuse, plus légère, qui au lieu d’être uniquement axée sur l’humain, se porterait sur le vivant en général, ce qui inclue donc toutes les autres formes de vie, les autres espèces, le végétal.

Pour cette série, j’ai fait pas mal de recherches en bibliothèque et de croquis préparatoires, c’est une phase que j’adore et qui m’est indispensable, probablement à cause de ma formation universitaire et aussi car c’est important pour moi que le moindre détail fasse sens. Je regardais beaucoup d’ouvrages sur le symbolisme, les estampes d’Hokusai et d’Hiroshige, la peinture de Vilhelm Hammershoi. En photo, j’avais en tête le travail en couleur de Robert & Shana ParkeHarrison, et les images du japonais Masao Yamamoto, dont j’adore l’humilité et la poétique de ses haïku photographiques.

J’aime aussi chiner, et bien souvent, ce sont des objets qui m’inspirent des images.

Actuellement, pour ma prochaine série, je lis, étudie et digère des textes occultes anciens.

A & F : Avez-vous d’autres projets artistiques en cours ?

J.B : Oui, j’ai pas mal de projets commencés que j’espère pouvoir terminer prochainement. J’ai plusieurs carnets que j’annote et rempli au fur et à mesure de mes recherches. Ma prochaine série mêlera encore mises en scènes et natures mortes… Je m’intéresse en ce moment à la symbolique alchimique, à l’idée de transformation, de création, à la confrontation de l’Homme avec la Nature et les éléments.

Je viens de terminer un travail de commande pour une marque de luxe. C’était un travail conséquent qui s’inspirait à la base de ma série Histoires Naturelles, et pour lequel j’ai dû penser et réaliser des décors miniatures.

 

+ Juliette Bates

www.juliettebates.com

Julie Baquet © Art and Facts

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