Maison Blackitten, Collection 2013 Le Chat Noir 23 © Le Turk

Interview – Le Turk : abracadabrantesque !

mars 2 | Interviews

Excessif, pléthorique, caricatural, Le Turk fabrique sans demi-mesure sa vision du monde à travers le prisme de la photographie. Car derrière des poses exagérées, des décors en carton-pâte, une esthétique aux couleurs excessives et des personnages abracadabrants se cache une vérité : celle d’exhiber l’humain. Putes, macros, gamins, clowns, êtres absurdes, violents et pathétiques se mettent en scène dans un théâtre à l’esthétique poussée à l’extrême.

Toujours prises en intérieur sous les lumières artificielles, les histoires du Turk prennent vie depuis 5 ans. L’occasion pour cet artiste hors normes de sortir un livre rétrospectif nommé très justement Opéra-Mundi. «(…) Du cirque au cabaret, des sirènes aux révoltes parisiennes, du Christ au Burlesque (…)», Le Turk livre à Art and Facts une interview multi-émotionnelle.

 

 

Art and Facts : Quel est votre parcours artistique ?

Le Turk : Enfance et longs dimanches interminables, donc dessin, pour commencer. Beaucoup de dessins. Puis quelques films entre copains, puis musique et concert pour épater les nanas. Ensuite musique encore, à la fac cette fois-ci, puis re-dessin, par la BD, puis photo… Et puis…

A & F : Votre premier souvenir photographique ?

L.T : Ma première bonne photo. Une fille devait simuler l’insertion, entre ses jambes, de divers légumes. Mais comme je l’avais huilée pour avoir un rendu de peau particulier, et que sa position accroupie était légèrement instable, elle glissa. Sur le légume en question. Et ce qui ne devait être qu’une simulation, s’avéra soudainement bien réel. J’ai déclenché la prise de vue à ce moment-là. Son expression était parfaite. La photo aussi. Je ne l’ai jamais montré, mais au moins nous avons beaucoup ri. Ce n’était qu’une carotte.

 «L’Esthétique, voilà mon seul but».

 

Opera Mundi - Ecce-homo © Le Turk

Opera Mundi – Ecce-homo © Le Turk

A & F : Comment se passe votre processus créatif ?

L.T : C’est assez difficile d’en parler tant il est simple… Je ne crois pas en l’inspiration. Un désir né. Ailleurs, de façon autonome ; alors je capte ce signal et j’essaye d’en extraire la moelle, l’essence. Le reste n’est que travail, essentiellement de la fabrication de décors. Travail et qualité esthétique. L’Esthétique, voilà mon seul but.

A & F : Des influences ?

L.T : Le Club Dorothée, Tintin, les Comics, Mozart, le Nouveau Testament, L’Histoire de France, Kubrick, Burton, Michael Jackson, Elvis, Otto Dix, Ravel, Nietzche, Arvo Pärt, Jean Michel Jarre, Couperin, Doisneau, Bosch… Je ne peux pas tout énumérer. Des influences, c’est forcément multiple, voire contradictoire…

 

A & F : Si vous deviez choisir une série parmi celles que vous avez réalisé, laquelle et pourquoi ?

L.T : Aucune je crois. Désolé mais je ne fais pas de fétichisme avec mes photos. Elles sont là désormais, je n’ai rien à renier, rien à garder précieusement comme un trésor. C’est à vous de faire ce choix, pas à moi !

A & F : Quel est votre secret pour réussir à tout réaliser de vos propres mains de A à Z dans vos projets ? Un perfectionnisme poussé à l’extrême ?

L.T : Rien à voir avec le perfectionnisme. Et encore moins avec un quelconque secret ! C’est du sérieux le plus élémentaire, c’est tout. Si on veut faire quelque chose, on arrête de chouiner ou de trouver des excuses pour se victimiser, et on le fait, point. Je ne comprends pas pourquoi certains trouvent ça extraordinaire. Ce que je fais est le minimum requis quand on s’attelle à la création.

 

 

A & F : Parlez-moi de la sortie de votre livre rétrospectif « Opera Mundi » actuellement en financement participatif.

L.T : Une étape très importante pour moi : donner la possibilité à ceux qui aiment mon travail d’emporter un livre du Turk chez eux… Depuis le temps que je veux le faire ! Et bien ça y est, le projet est financé, et le livre sortira donc bel et bien. Il n’y a plus qu’à le commander sur Ulule.

Le financer nous-même nous a permis de rester indépendant du début à la fin, de la création de l’objet jusqu’à sa distribution. Et là-dessus, probablement que nous ferons mieux qu’un éditeur !

«Vivre de la création est un combat quotidien».

 

A & F : Quel regard posez-vous sur ces cinq années consacrées à la photographie ?

L.T : C’est étrange, car ce livre, comme un bilan, m’oblige à poser un regard légèrement rétrospectif sur ces quelques années. C’est une aventure, vous savez, de tous les jours. Vivre de la création est un combat quotidien. Je vous épargnerai les détails sur «cette fameuse fin du mois qui nous revient sept fois par semaine», comme disait Ferré, car finalement c’était extraordinaire. La Joie. Voilà ce que j’en garde.

A & F : Quels messages voulez-vous faire passer dans vos photographies ?

L.T : Je n’ai aucun message à faire passer. J’ai horreur du mythe de « l’artiste engagé » qui est une imposture absolue. L’art ne sert à rien.  C’est pour ça qu’il est fabuleux. Je vous l’ai dit ma préoccupation est Esthétique (et donc Religieuse). Je tiens une chronique, et une chronique n’a pas de message à délivrer. Elle démasque le réel, elle re-transcrit ces idées qui flottent partout autour de nous, en dedans de nous. Et puis si message il y a, j’espère sincèrement être suffisamment in-conscient pour être incapable de vous le dire. J’espère être dépassé par ce que je fais.

A & F : Des projets et/ou nouvelles séries en perspective ?

L.T : Déjà terminer Opera Mundi… ensuite oui, la prochaine série n’attend que moi pour exister. J’ai déjà tout en tête, mais je ne peux pas vous en parler plus que ça. Suivez-moi et vous verrez !  Et puis surtout des projets cinéma en démarrage…

A & F : Le mot de la fin ?

L.T : Que Dieu bénisse ma famille, mes amis, ma Patrie, ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté.

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Julie Baquet © Art and Facts

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