Mathieu Miljavac

Interview – Mathieu Miljavac : magnificence de la taxidermie

décembre 21 | Interviews

Il y a une transcendance dans le travail de Mathieu Miljavac. Au départ, une fascination de l’animal naturalisé pour arriver à sa sublimation. Onirique et minimalistes, ses créations réveillent le réel. Emerveillement devant la taxidermie où des animaux communs, tels que des pigeons, s’animent dans une seconde vie magnifiée. L’ordinaire devient extraordinaire. Un univers qu’il décrit avec justesse dans une interview.

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Art and Facts : Qui est Mathieu Miljavac ?

Mathieu Miljavac : J’utilise la taxidermie pour montrer l’extraordinaire dans le quotidien.

A&F : Quel est votre parcours artistique dans la taxidermie ?

M.M : J’ai suivi plusieurs formations en Ecosse, auprès d’un taxidermiste de renommée internationale, qui m’a appris la technique dans ce qu’elle a de plus traditionnelle. Rapidement, j’ai eu envie d’explorer mon propre univers à travers cette technique. J’ai commencé à détourner les attitudes naturelles des animaux avec lesquels je travaillais, tout en respectant fondamentalement l’animal (et ce respect fait toujours partie intégrante de mon travail). L’utilisation de la couleur a rapidement suivi, puis l’envie de créer des installations de tailles différentes, de travailler avec d’autres matériaux.

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A&F : Pourquoi avoir choisi ce moyen d’expression ?

M.M : Je suis fasciné par les animaux naturalisés depuis que je suis gamin, mais je dirais que cela s’est imposé à moi à travers une sorte de révélation, en lisant un article de magazine sur la taxidermie dans l’art contemporain. Je me souviens très précisément de ce moment, d’une manière physique : je n’entendais plus ce qui se passait autour de moi, et toute mon attention s’est focalisée sur cette pensée : «  C’est ça que je dois faire ». Comme une évidence. Un sentiment très intense et très étrange.

Et dès mon premier coup de scalpel, j’ai su que mon intuition avait été la bonne. J’ai adoré ça dès les premières minutes !

C’est très rapidement devenu quelque chose de très naturel pour moi. La taxidermie me permet ce qu’aucune autre discipline ne m’avait permis auparavant : je me sens complètement libre. Quelqu’un m’a dit une fois que j’étais totalement débridé dans mon travail de taxidermie, et je crois que ça résume assez bien ma démarche créative. Sans tomber dans la fabrication de chimères, je m’autorise beaucoup de choses, dans les limites du respect de l’animal évidemment. Et plus j’avance dans cette démarche créative, plus je m’aperçois que j’arrive à exprimer des émotions très personnelles.

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A&F : Un souvenir particulier à nous partager ?

M.M : La première fois que j’ai réalisé une installation, chez l’Eclaireur à Paris : voir l’aboutissement de plusieurs mois de travail prendre vie, en situation, et correspondre précisément à ce que j’avais en tête et à ce que je voulais exprimer.

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A&F : Vous êtes dans une démarche totalement différente des présentations classiques de la naturalisation tout en conservant les techniques traditionnelles de la taxidermie. Comment définiriez vous votre univers artistique ?

M.M : Je crois que mon univers artistique est avant tout un moyen de détourner le réel, pour mieux s’en échapper. C’est un moyen de réveiller l’imagination et l’imaginaire, et d’inviter à regarder différemment les choses ordinaires.

A encourager à regarder au delà des apparences et de la surface. C’est pourquoi je travaille sur des animaux ordinaires – les pigeons. Comme pour aller au delà du visible.

Partir d’un animal qui fait partie de notre quotidien le plus banal et le plus triste, et le transformer d’une certaine manière, en une version abstraite, sublimée, essentielle de ce qu’il est, cela crée cette distanciation dont j’ai personnellement besoin pour supporter la réalité. Travailler à partir d’un être qui fut vivant, et qui de fait nous rattache à notre propre condition, et sublimer (même si je n’aime pas ce terme qui sonne très prétentieux) cette condition, cette nature par essence finie, c’est pour moi une manière de la rendre plus supportable.

J’aime l’idée de partir d’un animal très banal (le pigeon) et d’une technique traditionnelle pour les emmener le plus loin possible, créativement et techniquement.

Et j’aime aussi l’idée d’impliquer le spectateur : la beauté d’un pigeon est moins évidente que celle d’un perroquet ou d’un lion, elle nécessite une effort, un travail pour la voir.

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A&F : Vous avez auparavant travaillé dans les milieux de la mode, de la haute couture, du graphisme et du design floral, en quoi cela vous influence-t-il dans votre travail aujourd’hui ?

M.M : Toutes ces expériences m’ont d’abord appris à manier des matériaux délicats, à les traiter avec respect, et je retrouve cela dans mon travail aujourd’hui. Et puis j’y ai acquis un sens de la composition, du travail de la couleur et du graphisme qui forcément influencent mon travail.

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A&F : Quelles sont vos sources d’inspirations ?

M.M : Elles vont de la peinture (Francis Bacon que j’adore, pour la façon dont il rend le mouvement, les tableaux de William Bouguereau entre autres), au cinéma, Lynch, Cronenberg, Cocteau. La littérature également, Murakami en tête.

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A&F : Quel est votre processus créatif ?

M.M : Au départ, il y a souvent une envie plus ou moins précise (les dernières pièces que j’ai faites partaient par exemple d’images de bouquets d’oiseaux que j’avais en tête) à laquelle viennent se greffer au fur et à mesure divers éléments (mes bouquets sont devenus des nébuleuses et des galaxies). La composition et la structure restent assez mouvantes jusqu’à la fin, au moment où tout s’assemble. Certaines idées demandent à sortir très vite, d’autres nécessitent davantage de temps, pour s’affiner. Jusqu’à ce qu’elles représentent exactement ce que je veux exprimer.

A&F : Des projets à venir ?

M.M : Oui, une exposition en cours à la galerie Design et Nature à Paris, 4 rue d’Aboukir, près de la place des Victoires jusqu’à la fin de l’année. Une autre tout début Avril aux Arts Décoratifs, dans le cadre des Journées Européennes des Métiers d’Art.

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+ Mathieu Miljavac

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Propos recueillis par Julie Baquet © Art and Facts

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