Jean Luc Verna

Interview – Jean-Luc Verna : l’extravagance

février 3 | Interviews

Corps et âme. Exposée au Mac/Val jusqu’au 26 février, la rétrospective de Jean-Luc Verna propose une introspection dans le monde « sordide mais drôle » de cet artiste pluridisciplinaire. Autant dessinateur que photographe, vidéaste ou encore modèle, il nous plonge via de multiples supports, dans les stades de la transformation. Celle de son art, celle de son corps. Interview. 

Art and Facts : Quel est le  fil conducteur de cette exposition ?

Jean-Luc Verna : La colonne vertébrale disons c’est le dessin. C’est la meilleure façon que j’ai trouvé de me gérer. J’aime ce rapport de tension entre la haute et la basse culture. L’exposition rassemble mes dessins de 1991 à nos jours. C’est, ne l’oublions, pas ma formation initiale. Bien sur, depuis, je me suis ouvert à quasiment tous les arts, mais je n’abandonne jamais vraiment le dessin qui reste mon premier amour. Je l’ai d’ailleurs gravé partout sur mon corps.

A&F : Vous vous exprimez, effectivement, à travers de nombreux supports dans cette rétrospective. Pourquoi ce parti pris ?

JLV : L’art est pour moi exponentiel. Je voulais que cette exposition soit l’occasion de faire comprendre cette notion aux gens. Ce n’est pas parce qu’il y a plusieurs médias que le temps se divise et s’appauvrit. Le fait de voir apparaître de la photo dans mon travail n’implique pas de gommer le dessin. Ca incite simplement à ouvrir de nouveaux champs, à multiplier les publics.

A&F : La nudité est un point phare dans votre art, mais quelle vocation a-t-elle exactement ?

JLV : Le nu que je montre est un nu refroidi, il n’est pas sexué. Il ne s’agit pas d’exhibition, seulement de vérité. Je déteste les vêtements et le rapport social qu’ils entretiennent. Vous ne serez pas vu de la même façon avec telle ou telle marque. La nudité en revanche gomme les classes et nous rend tous beaux. Personne n’est jamais aussi élégant que nu, il y a un côté pur qu’on ne retrouve pas ailleurs. Se mettre (à) nu implique forcément une sincérité inégalable. C’est aussi raconter une histoire… surtout quand on a le corps recouvert de tatouages !

A&F : En parlant d’expression du corps, vous monterez sur scène le 5 février, dans le cadre de votre exposition. 

JLV : Oui sous la direction de mon amie Gisèle Vienne. Si l’on parle de rétrospective de mon art, il me semble incontournable de l’aborder. C’est elle qui m’a fait danser. Après une conférence que j’avais faite aux beaux-arts de Grenoble, il y a près de 15 ans, elle est venue me voir pour me demander de travailler avec elle. Nous avons monté I Apologize. Ensemble nous avons sillonné l’Europe, d’une représentation à l’autre. Si je parviens aujourd’hui à exploiter mes talents de chorégraphe, c’est sans nul doute grâce à Gisèle Vienne.

« J’ai besoin d’être en mouvement permanent, de faire dix choses en même temps« 

A&F : L’exposition a débuté le 22 octobre et continue jusqu’au 26 février. Que fait-on après 5 mois d’exposition ? On se repose ?

JLV : Surtout pas ! Il n’y a rien de pire que la dépression post exposition, le « bon, et maintenant ? » Le début de l’expo est souvent animé, vous êtes très sollicité, puis vient le moment on l’on stagne un peu. Je déteste ça, j’ai besoin d’être en mouvement permanent, de faire dix choses en même temps. Je travaille en ce moment la mise en scène de ma nouvelle pièce de danse : Ucello, Uccellacci and the birds, que je présenterai en mars, au festival Etrange CargoVous voyez, pas de repos !

A&F : Concernant cette nouvelle création, de quoi s’agit-il ? 

JLV : Il s’agit d’art, de rock et d’amour. La colonne vertébrale chorégraphique, c’est toutes les congruences qu’on a pu observer entre l’histoire de l’art et l’histoire de la pop. Par exemple, Siouxsie Sioux en 1983 au Hammersmith Odeon qui adopte, sans le savoir, la même posture qu’une statut de la reine égyptienne Karomama. Et la sphère privée qui vient s’imbriquer. Une histoire d’amour aussi poétique que triviale, des corps enlacés, à l’image de la pièce. Cet exercice est complètement nouveau pour moi : je m’essaie à l’écriture en plus de revêtir la nouvelle casquette de chorégraphe.

A&F : Vous avez choisi Béatrice Dalle comme narratrice, pourquoi ne pas faire vous-même la voix off ?

JLV : Comme je le disais, je débarque en novice concernant le texte. Bien sûr, je sais m’exprimer, je suis professeur depuis 25 ans il le faut bien, mais une interprète comme Béatrice Dalle donne forcément plus de corps au texte. Et quand on entend sa voix, on voit son corps. Je dois dire que j’ai eu une sorte de coup de foudre pour cette femme quand je l’ai rencontré, il y a maintenant 6 mois. Elle est belle, elle est cash, elle est douée. Je crois que si j’étais une femme, j’aimerais être Béatrice Dalle. Elle est comme une petite fille de 2000 ans.

 

MAC VAL
Musée d’Art Contemporain du Val-de-Marne
Place de la Libération
94407 Vitry-sur-Seine

Jusqu’au 26 février 2017
Ouvert du mardi au vendredi, de 10h à 18h
et du samedi au dimanche de 12h à 19h
Tarif : 5 euros

+ Jean-Luc Verna

+ jlverna.online.fr

www.macval.fr

Marine de Rocquigny © Art and Facts

 

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