Interview – John Hamon ou le degré zéro de l’art

mars 27 | Interviews

A ceux qui savent lever les yeux, John Hamon offre son art et son visage. Son portrait placardé aux quatre coins de Paris interpelle depuis 15 ans. Mais qui est-il ? Un activiste recherché, un candidat à la Présidentielle ou peut-être simplement le fils spirituel de John Lennon et de Benoît Hamon…? En dépit de toute interrogation, l’afficheur fou continue de coller à gogo, perpétue un acte effréné et répétitif qui traduit sa démarche : promouvoir l’artiste et non l’oeuvre.

 

Art and Facts : En quoi consiste votre démarche ?

John Hamon : Je considère que l’art est promotionnel et c’est en faisant ma promotion en tant qu’artiste que je travaille. Je résume d’ailleurs cette position par la formule : « C’est la promotion qui fait l’artiste ou le degré zéro de l’art. »

A&F : Ou se trouve la limite entre promotion de l’artiste et propagande d’une personne, de son image ?

J.H : La propagande est avant tout un outil qui regroupe un ensemble de techniques de persuasion, elle peut donc me servir dans cette démarche promotionnelle, mais elle est avant un tout un instrument. En revanche, la promotion est davantage comparable à une intention ou à une volonté. Par exemple en latin « promovere » du verbe promouvoir signifie « faire avancer » et de mon point de vue, c’est essentiel à toutes les formes de création.

A&F : Votre affiche ressemble à un tract d’un potentiel candidat, y a-t-il une quelconque revendication politique dans votre travail ?

J.H : Je n’ai aucune ambition politicienne, mais je pense qu’en investissant l’espace public de cette façon la démarche prend indéniablement une portée politique. J’estime aussi qu’en s’imposant aux citoyens, c’est une façon intéressante pour faire de l’art, car il ne faut pas oublier que nous sommes tous les enfants de Marcel Duchamp et quand j’ai entendu la phrase : « C’est le regardeur qui fait l’œuvre » qu’il avait prononcée, j’ai fait le choix d’imposer un message pour me soustraire de cette vision et redonner symboliquement la paternité de l’œuvre à l’artiste par une forme de matraquage.

A&F : Qu’est-ce qu’un artiste selon vous ?

J.H : C’est un chercheur qui a une pratique dans le domaine de l’art et dans les différents secteurs qu’il peut connecter à celui-ci. L’art permet de plus en plus de tout relier dans une forme d’expérience globale qui n’est plus attachée uniquement à la peinture et la sculpture.  Aujourd’hui, un artiste peut être ce qu’il veut et avoir sa propre façon d’exercer de l’art.

A&F : Pensez-vous que tout le monde puisse devenir un artiste ?

J.H : Oui, mais non.

A&F : Racontez-nous l’histoire de ce portrait.

J.H : Ce portrait est une photographie d’identité que j’ai commencé à afficher en 2001 à Paris et par la suite dans plus de 33 pays et 77 villes à travers le monde avec l’aide de certains amis.

À l’origine, c’était une simple photocopie A4 en noir blanc, mais maintenant, ce sont des affiches en couleur de toutes les dimensions ainsi que différents types d’actions et productions qui impliquent l’utilisation presque systématique de cette image.

« L’affichage est un moyen formidable qui permet à chacun de pouvoir s’exprimer dans le réel avec une certaine liberté »

A&F : Les gens vous reconnaissent-ils dans la rue ? Était-ce le but ?

J.H : Les gens ne me reconnaissent pas et ce n’est pas le but, car je ne fais pas un travail sur la célébrité.

A&F : Vous travaillez de plus en plus avec des projections, avez-vous l’impression d’avoir fait le tour de l’affichage ?

J.H : Non, l’affichage est un moyen formidable qui permet à chacun de pouvoir s’exprimer dans le réel avec une certaine liberté, un impact intéressant et à moindres frais. Je regrette par ailleurs que peu de personnes l’utilisent et que ce soit essentiellement les marques qui contaminent encore plus l’espace par ce biais. Concernant la projection, je passe en ce moment du temps à utiliser ce nouveau médium qui permet de donner une nouvelle impulsion à mon travail et ainsi réaliser des projets d’envergure comme en projetant dernièrement sur la tour Eiffel, la BNF, l’Assemblée nationale, l’Opéra et l’hôtel des Invalides.

A&F : Un projet à venir ?

J.H : Oui en dehors des différentes projections qui sont en progression, je prépare une exposition au Palais Tokyo dont la prochaine campagne d’affichage sera l’objet, mais je ne peux pas encore donner tous les détails.

J’en profite aussi pour parler de la dernière collaboration que j’ai réalisée avec l’artiste Jacques Villeglé et à qui je souhaitai rendre hommage à travers une affiche que je lui ai demandé de réaliser et qui sera aussi propagée.

John Hamon

www.johnhamon.com

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Marine de Rocquigny © Art and Facts

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