Guibert (2007-2008) – Julião Sarmento – Photo © Florian Lévy

Julião Sarmento, la femme ou la « catin » ?

août 28 | Exposition / Agenda

A l’instar de Robert Indiana (1998) et de Robert Longo (2009), le Mamac accueille jusqu’au 30 novembre la première exposition monographique de Julião Sarmento en France. Artiste contemporain portugais, il porte les stigmates de la dictature de l’Estado Novo. Il est en effet issu du renouveau artistique de cette répression politique et les œuvres présentées au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice sont également les témoins d’une thématique de soumission totalitaire. Toujours dans la suggestion, Julião Sarmento ne donne jamais la totalité du message qu’il veut faire passer. Il suggère, laissant libre au visiteur le soin de se questionner et de trouver des réponses. Car l’on se retrouve parfois déconcerté devant certaines de ses représentations. Et l’emprunte dictatoriale est un axe lecture à ne pas négliger pour comprendre le géni de Julião Sarmento.

« (…) je travaille toujours sur cette femme anonyme qui n’existe pas mais qui, pour moi, représente toutes les femmes », Julião Sarmento.

Le portugais développe depuis 1970, début de sa carrière internationale, un travail protéiforme : peintures, sculptures, dessins, vidéos et performances. Avec toujours la même technique de fragments, d’assemblages et d’associations images-textes. Il impose son égérie : une femme. Elle est quelconque, toujours vêtue d’une robe noire pour la rendre anonyme, peut être aussi pour que tout le monde puisse s’identifier à elle. Cette femme, dessinée, sculptée, peinte et filmée n’a pas de tête. Sans visage et donc sans identité, elle ne peut pas parler, s’exprimer, refuser, acquiescer. Elle est soumise. Elle n’a pas de jambes, ou lorsqu’elles sont représentées, elles sont clouées. Preuve que cette femme ne peut pas non plus se mouvoir et échapper à son bourreau.

« Mon œuvre est souvent réduite au désir, à la femme et au sexe alors qu’il ne s’git pas seulement de cela », Julião Sarmento.

Qui est son agresseur ? Un homme ? Julião Sarmento ? La présence masculine est suggérée. Elle est symbolisée par une fleur de lys, une ombre ou encore des liens qui l’attachent. Et si l’agresseur c’était nous ? Car il place le spectateur en tant que voyeur. Un regardeur malsain devant la réalité d’une société pornographique. Ainsi, dans The Real Thing (2010), plus de 100 photos d’actrices nues sont encadrées avec leurs visages. En revanche dans cet amas de portraits de famille, les actrices pornographiques, elles, sont guillotinées. La professionnelle filmographique du sexe n’est donc pas respectable ? Julião Sarmento va encore plus loin en poussant le visiteur à trouver le bon angle de vue permettant ainsi à l’actrice porno de retrouver une tête. Le visiteur se retrouve également voyeur l’obligeant à regarder dans un trou une vidéo entrecoupée de scènes de violences dans Voyeur (2007).

« Pour moi, la question de la représentation de la femme est davantage un prétexte, un leitmotiv très ancien qui remonte à la Vénus de Willendorf », Julião Sarmento.

Outre les interrogations sur les mécanismes du désir, l’artiste ouvre également des questionnements sur la femme dans la société. Souhaite-il dénoncer sa condition d’objet dans Guibert (2007-2008), une sculpture où elle est placée en face d’un miroir ? Elle possède un visage, mais elle est cagoulée, elle ne peut pas se regarder. Outre un parallèle dans cette œuvre faite à la violence d’une supposée prise d’otage, elle interpelle sur le thème de l’identité.

Le choix des titres en dit également long : Parasite, Domestic Isolation, Veneno (Venin)… Enfin que penser de ce jaune omniprésent ? Ce choix de couleur est loin d’être anodin. Le jaune de cadmium est un pigment toxique.

Que représente alors la femme des œuvres de l’artiste ? Une femme objet, une femme au foyer, une catin ? Ou les trois à la fois ?

+ Julião Sarmento

+ www.juliaosarmento.com

+ Jusqu’au 30 novembre

+ Mamac, Nice, entrée libre

 

Julie Baquet © Art and Facts

Photos © Florian Lévy

Remerciements à Olivier Bergesi, Commissaire adjoint d’expositions, au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Nice

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