Interview – Les mises en scènes de Mehryl Levisse

août 12 | Interviews

Surréaliste, cocasse, poétique et résolument contemporain, Mehryl Levisse, un jeune artiste originaire de Charleville-Mézières présente jusqu’au 17 août Les mystères impénétrables au centre d’art CAMAC à Marnay-sur-Seine. Dans ses photographies, les questionnements sur l’identité, la sexualité et le corps sont prépondérants. Un choix non anodin pour ce passionné de danse dont le corps est le matériau de base de ses projets aux mises en scènes abouties. Il nous livre quelques clés de son travail artistiques dans une interview.

 

Art and Facts : Vous exposez jusqu’au 17 août Les mystères impénétrables au centre d’art CAMAC à Marnay-sur-Seine. Comment définissez-vous cette série ?

Mehryl Levisse : Le travail présenté à CAMAC (1) n’est pas une série à proprement parlé. Il s’agit d’une installation photographique monumentale In situ pensée exclusivement pour le lieu en raison de son architecture et de sa forme particulière. Elle n’aurait absolument pas pu être présentée ailleurs qu’en cet espace atypique. Les formats monumentaux, directement collés à même le mur, par la technique identique à celle du papier peint, sont des morceaux d’images, des extraits issus de captations photographiques existantes.

Le corps se retrouve au centre d’un cadrage serré et devient ainsi le sujet unique des images faisant disparaître la thématique photographique initiale. Les six captations photographiques présentées dans Les mystères impénétrables deviennent, par ce procédé et cette mise en perspective les unes avec les autres, un tout ne pouvant être segmenté. Elles forment une œuvre monumentale dans laquelle mon corps et celui de mon compagnon se font face et se répondent.

Cette installation volontairement montrée en éclairage naturel, pose une ambiance autre que celle habituellement présente dans cet espace d’exposition. Le corps du spectateur est ainsi plongé dans une petitesse similaire à celle ressentie dans les lieux de cultes où les idoles et les icônes se multiplient et s’affichent en format conséquent. Les mystères impénétrables provoquent ainsi chez le spectateur le sentiment particulier que «mon corps est un temple».

« La nudité est très présente dans mon travail, elle est une partie importante et presque centrale »

A&F : La nudité prend une part également importante dans l’ensemble de votre travail. Une nudité toujours en partie cachée, travestie, humoristique voire peut-être provocante. Expliquez-moi votre vision des choses à ce sujet.

M.L : La nudité est très présente dans mon travail, elle est une partie importante et presque centrale de celui-ci. Elle n’est jamais provocante, ni même gratuite, elle est au contraire universalité de l’être et représente un long questionnement personnel et omniprésent sur l’identité de mon corps, du corps, de son apparence et de sa plasticité.

Il s’agit dans cette présentation du corps nu (ou plutôt dévêtit car jamais un attribut n’est dévoilé) de présenter un corps universel. Le corps quotidien, le corps vêtu, le choix des vêtements, de se tenir, le langage, la manière de se comporter face à l’autre, la façon de porter un vêtement, une coupe de cheveux, des piercings, des tatouages, la couleur des vêtements que l’on porte… sont autant de critères sociaux qui différencient un corps de celui de l’autre.

Ce sont toutes ces caractéristiques particulières que je dissimule et fait disparaître en dévoilant le corps dans une certaine nudité. Je remplace ensuite ce corps social et toutes ses caractéristiques sociétales par d’autres références. Elles sont issues de mon imaginaire, de la culture populaire, de la littérature, de la musique, de la mythologie, du cinéma, du théâtre, de la philosophie, de la science et bien d’autres domaines encore qui donnent au regardant la possibilité de se raccrocher à l’image présentée par ses propres connaissances, références et son propre vécu.

A&F : Comment définiriez-vous votre style ?

M.L : Je trouve qu’il est toujours difficile et périlleux pour un artiste de parler et d’écrire sur son travail. Certains artistes aiment le faire d’autres non. Selon moi, il est toujours déplaisant et la part de magie d’une œuvre disparaît lorsqu’un ou une artiste s’étale pendant des heures sans savoir s’arrêter sur son travail, ses significations, son but, son message… Il y a des personnes très particulièrement intéressantes et justes, dont le métier est d’écrire et de parler du travail des artistes, et elles seront bien plus qualifiées que moi pour expliquer et définir quel est «mon style».

A&F : Quel est votre parcours artistique ?

M.L : Mon parcours est une rencontre entre la danse et l’art. J’ai commencé l’Art par la pratique de la danse lorsque j’étais tout petit. J’ai continué cette pratique pendant des années, associée à un bac littérature/arts plastiques.

J’ai continué la danse par une pratique contemporaine puis j’ai fait le choix d’entrer en licence d’arts plastiques à Lille plutôt qu’en école de danse professionnelle. Je pensais à l’époque qu’il me serait plus évident et plus simple de mettre la danse contemporaine dans l’art contemporain plutôt que l’inverse, j’avais tort, mais j’étais très jeune…

J’ai achevé mes études il y peu par l’obtention d’un master Art contemporain et nouveaux médias effectué à l’Université Paris 8 et écrit un mémoire sur la mise en scène du corps dans l’art contemporain et un autre sur l’évolution du religieux au profane de la représentation des saints martyrs dans l’art contemporain.

A&F : Quelles sont vos influences ?

M.L : Je cite souvent beaucoup d’artistes, d’écrivains, de comédien(ne)s, de chanteur(euse)s, de faits divers, de films, de livres, d’opéras… Je constate de plus en plus qu’absolument tout ce qui m’entoure est source d’inspiration. Je pense donc que mon influence principale est la vie tout simplement.

A&F : En plus de cette exposition, avez-vous d’autres projets en cours ?

M.L : Outre les deux volets de cette exposition en cours, je travaille actuellement sur la création d’un multiple pour le FRAC Champagne-Ardenne où j’ai eu une résidence d’un an qui s’est achevée par une exposition en mai/juin 2014. Il y a aussi des projets à venir en 2015 tel que plusieurs résidences et expositions, mais il est un peu tôt pour en parler.

(1). Les mystères impénétrables est le volet n°1 de l’exposition en deux volets Le réconfort du culte. Le volet n°1 se situe à CAMAC, Centre international d’art de Marnay sur Seine et le second volet La présence fantomatique de la marquise de Maillé se trouve au Château de la Motte Tilly, Centre des monuments nationaux.

 

Expositions :

 

+ Jusqu’au 17 août : Les mystères impénétrables, centre d’art CAMAC, Marnay-sur-Seine

+ Du 3 au 27 septembre, dans le cadre de la 8ème édition du prix Photo d’hôtel photo d’auteur, Galerie Esther Woerdehoff, Paris

+ Du 17 septembre au 15 octobre : exposition collective, Centre d’art contemporain, Yvetot

+ Du 30 octobre au 2 novembre : exposition collective dans le cadre de l’édition Jeune création, 104, Paris

+ Du 4 au 28 octobre : Nuit blanche (galerie temporaire d’art contemporain fondée en 2011 par Mehryl Levisse), Galerie Balak, Charleville-Mézières

+ Janvier 2015, Cocteau et ses contemporains, Galerie Coullaud & Koulinsky, Paris

 

+ Mehryl Levisse

+ www.mehryllevisse.fr

+ Tumblr et Facebook

 

Julie Baquet © Art and Facts

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