Maëlle Cadoret

Interview – Maëlle Cadoret : matière exorcisée

avril 21 | Interviews

Esthétique dark en toile de fond, la matière hypnotise Maëlle Cadoret. Elle la pétrit, la façonne. De ce rapport réciproque et chronophage, la créatrice de bijoux fait naître toutes sortes de pièces teintées de mystères relevant de véritables oeuvres d’art. Des symboles aux icônes, la montpelliéraine nous plonge dans un univers diablement attractif. Interview.

Art and Facts : Que représentent les bijoux pour vous ?

Maëlle Cadoret : Pour moi, les bijoux font office d’objets dotés d’une charge émotionnelle. Ils sont souvent reliés à une période de ma vie, un événement ou une personne que je porte dans mon cœur. Et souvent mes pièces tiennent lieu de fétiches pour ceux qui les portent.

A&F : Quels sont les matériaux récurrents que vous utilisez pour créer vos bijoux ?

M.C : J’utilise presque systématiquement de l’acier inoxydable pour sa résistance et très souvent de la tourmaline noire. Mais ma marque de fabrique reste la résine végétale. Je voulais une matière unique, que je puisse malléer autant que je le souhaite et une couleur noire qui lui est propre. J’ai mis presque deux ans et demi avant de trouver la recette finale mais elle me permet d’avoir aujourd’hui une liberté artistique illimitée. J’entretiens désormais un rapport chronophage et presque addictif à la résine végétale. C’est une matière capricieuse et contraignante, qui m’oblige à avoir une discipline rigoureuse au niveau de la fabrication : je travaille tous les jours dans mon atelier, et cela occupe mon temps et mon esprit à un point presque obsessionnel.

A&F : Vous proposez désormais des gammes de plus en plus écologiques.

M.C : Je suis très connectée à la nature, elle m’inspire énormément et m’est devenue indispensable. J’ai donc opté pour  une démarche écologique, directement reliée à la cause animale, qui relevait pour moi de la nécessité. Ca fait maintenant quelques années que je n’utilise que des matériaux crueltyfree, recyclables et durables… comme ma résine !

A&F : Vous pratiquez également la dentelle aux fuseaux, pourquoi une pratique aussi ancestrale ?
M.C : J’ai toujours été fascinée par le travail du fil, dont la dentelle aux fuseaux représente la discipline la plus complexe. Son apprentissage correspond à un défi personnel. De plus, je pense qu’il est important de préserver ce patrimoine et de l’adapter à des créations contemporaines.

A&F : Pourquoi avoir crée une seconde marque ?

M.C : J’ai lancé Litanies Of Skin l’année dernière. La démarche est différente puisqu’il s’agit de proposer des bijoux sculptés à la main. Uniquement des pièces uniques, dont la plupart sont conçues à la demande.
Chez Imus Nocte, je travaille des bijoux-couture édités en série limitée. Mes deux lignes sont complémentaires et cohérentes sur le plan esthétique. Les bijoux s’adressent aussi bien aux femmes qu’aux hommes chez Litanies Of Skin et quelques pièces sont unisexes chez Imus Nocte.

« S’intéresser à la face sombre des choses me permet d’exorciser mes démons »

A&F : Il y a un esthétisme sombre assez marqué dans vos créations, d’où vient-il ?

M.C : Je m’intéresse à beaucoup de choses, mais le trait commun entre toutes, c’est une esthétique « dark ».
Elle se retrouve dans tout ce que je fais, aussi bien dans mes bijoux que dans mes sculptures, mes photos ou mes dessins. S’intéresser à la face sombre des choses me permet d’exorciser mes démons.

A&F : Dans cette quête « d’exorcisation symbolique », où puisez vous votre inspiration ?

M.C : Dans des icônes universelles et emblématiques mais souvent polysémiques. Le crâne est pour moi un objet d’étude intéressant par exemple. A la fois, terrifiant et fascinant, associé à la mort et aux vanités humaines il remonte à l’antiquité gréco-romaine. Les symboles religieux sont également une véritable source d’inspiration : j‘ai été élevée dans une famille où la religion était quasiment proscrite, ce qui a évidemment éveillé une certaine fascination. C’est peut-être ce qui m’a poussée à m’installer dans une région chargée d’histoire, possédant un patrimoine culturel passionnant. Chaque village, chaque sculpture, chaque peinture m’inspire. Les chapelles romanes avec de vieux cimetières… Tous ont une influence inévitable et importante sur mes œuvres. J’éprouve enfin un réel besoin de connexion à  la nature, un besoin notamment de marcher dans la forêt tous les jours.

A&F : Vous avez également fait des collaborations.

M.C : Je fais des collaborations avec des artistes depuis le début de mon activité. Je suis une des premières créatrices de bijoux indépendantes à avoir participé à des shoots photo. Je suis particulièrement fière d’avoir travaillé avec des artistes étrangers comme Peter Coulson, Emily Soto… Depuis quelques mois je réalise des clichés avec des modèles. Cela me plaît et je compte bien continuer.

 + Maëlle Cadoret

www.maellecadoret.com

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Marine de Rocquigny © Art and Facts

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