Nicolas Brunet

Interview – Nicolas Brunet : l’esthétique pure

mars 3 | Articles récents, Interviews

Style épuré, pépite brute. Nicolas Brunet, propose un travail graphique à l’esthétisme sûr, entre symétrie parfaite et jeu de matières. Des œuvres intemporelles, à vocation universelles, que l’artiste s’applique à réaliser intégralement, sans recours informatique.

Art and Facts : Quelles sont vos influences ?

Nicolas Brunet : Je crois que je n’en ai pas particulièrement, du moins je n’ai pas de filiation artistique évidente. Je n’ai pas fait beaucoup d’études, et ne possède pas une immense culture. Je dirais que mes influences, finalement, sont plus extérieures. L’escalade, que je pratique par exemple, m’offre un contact avec la matière, la nature. La nature m’inspire beaucoup, ce côté pure et intemporel qu’on retrouve, il me semble, dans mon travail. Elle me permet de m’aérer, de me vider la tête.

A&F : Hormis les jeux de contraste, vous n’opérez quasiment aucune retouche sur vos clichés ?

N.B : Non, c’est là tout l’enjeux de ma démarche. Faire du montage ne m’intéresse pas. Je cherche avant tout à restituer du réel. D’une étape à l’autre, une photo passe par un dessin, une mise en scène, par la réalisation et la sculpture d’un décor. Le fait d’appuyer sur un bouton n’est pas une finalité en soi, pour moi ni la photographie, ni le traitement d’image ne prévalent sur toutes les étapes antérieures. Un corps en osmose avec un décor, tout en le déformant, apporte une authenticité, quelque chose d’intemporel, qu’on ne peut espérer d’un fond vert.

A&F : Vous optez pour un style esthétique assez épuré, y a-il vocation à faire passer un message ?

N.B : Non je ne cherche pas à revendiquer quelque chose en particulier. Partir dans des débats philosophique pour essayer de comprendre le sens caché… ce n’est pas mon truc. Je dirais même l’inverse. Mon travail n’a pas vocation à raconter quoique ce soit, libre à chacun de l’interpréter comme bon lui semble. Je cherche à instaurer dans mes photos, quelque chose d’aussi intemporel qu’universel, qui puisse toucher tout le monde. Cela passe effectivement par une esthétique simple et par une certaine sobriété.

« Le nu n’est rien d’autre qu’un corps à l’état brut, une matière à exploiter. »

A&F : Vous revendiquez donc une grande sobriété dans vos œuvres, pourtant la nudité y est récurrente, n’est ce pas un peu paradoxal ?

N.B : Non, la nudité n’a ici aucune vocation sexuée. Le nu n’est rien d’autre qu’un corps à l’état brut, une matière à exploiter. J’aime rappeler dans mon travail la beauté du corps de la femme, de ses courbes sans jamais sombrer dans la vulgarité, ni même, sans aller jusque là, dans le sensuel. Ce n’est pas ce que j’avais envie d’exprimer. Idem pour les corps masculins, je tends à rester dans la sobriété, dans quelque chose de très épuré, de carré. La géométrie revient très souvent dans mes photos, on observe une superposition symétrique alliant différentes matières, dont le corps fait partie.

A&F : Vous touchez également à la vidéo, est-ce un continuité logique de votre travail ?

N.B : Oui, ça peut être vu comme tel. J’ai commencé la photographie il y a maintenant 10 ans et si elle était pour moi un art, elle n’est aujourd’hui plus qu’un support, une manière de fixer tout un cheminement. j’ai réalisé en septembre dernier une vidéo que j’ai eu l’occasion de présenter au festival OVNI. C’est une expérience qui m’a beaucoup plu. La vidéo me donne l’occasion de voir mon travail en mouvement, de le rendre presque tangible.

A&F : En quoi le fait d’être pluridisciplinaire est un véritable atout selon vous ?

N.B : Au sein d’un projet photographique, ça me permet d’obtenir le résultat le plus proche de mon idée de départ. Une idée adaptable à l’univers, que je fais mien. J’opte pour une certaine dynamique visuelle et la façonne. Lorsque j’imagine une photo et sa réalisation, par la suite, est assez rigoureuse, je ne laisse rien au hasard. Mais au-delà de ça, je crois que je m’ennuierais vite si je me cantonnais à une seule activité. J’aime pouvoir me balader entre le dessin, la sculpture, la photo…mais aussi le sport qui m’est essentiel.

A&F : Vous vous êtes fait un place dans le paysage local, vous avez même votre propre atelier. Pensez-vous pour autant que Nice soit la ville propice pour percer artistiquement ?

N.B : A vrai dire « percer » n’est pas mon but ultime, j’aime le temps que je passe dans mon atelier, mener à bien tous mes projets… Mais je fais également d’autres choses. Si je devais, en revanche, vivre de mon art, ça serait effectivement plus compliqué.  Nice ne possède aucun réel lieu d’échange culturel, ce qui est dommage et ne facilite pas vraiment la vie à ses artistes. Quand je voyage par exemple à Toulouse, Bordeaux ou Montpellier, je constate une ouverture d’esprit qui fait défaut ici. Mon travail séduit bien plus dans les autres villes mais si je me décidais réellement à partir, je crois que j’opterais carrément pour un lieu comme Berlin, où l’art ne dort jamais.

 

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Marine de Rocquigny © Art and Facts

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