Interview – Olivier Vinot tire le portrait

février 20 | Articles récents, Interviews

Projecteurs sur Monsieur et Madame tout le monde. Loin des tops models aux poses sulfureuses, Olivier Vinot s’érige en représentant d’une population exhaustive. Vive les anonymes, naturels et sans retouches ! Après avoir capturé 1 000 barbus pour sa série Festina Lente, il tourne maintenant son objectif vers les femmes et réalise Persona Grata : un plein phare sur 1 000 femmes à la beauté sans fard, non moins effarantes. Interview. 

Art and Facts : D’où vient Persona Grata ?

Oliver Vinot : J’ai voulu  transmettre, à travers mes photos, du sincère et de l’authentique. J’ai donc entrepris cette série de mille portraits, en noir et blanc, de femmes singulières sans maquillage ni retouche. Telles qu’elles sont vraiment. Toutes ont tendance à se dénigrer pourtant quel que soit le profil, il y a toujours quelque chose à valoriser. A l’heure du filtre Instagram et de Photoshop, j’aimerais montrer une autre beauté, plus proche de la vérité. Et là, toute ride, toute cerne devient une plus-value. Une dame, la dernière fois, avait peur de loucher sur la photo. Moi, je trouve ça génial, c’est ce que je cherche, ce qui fait ce que nous sommes. Sans artifices.

A&F : Vous aviez déjà mené à bien Festina Lente, le projet des 1 000 barbus. Pourquoi ce choix ?

O.V : Tout part de ma rencontre avec Benoît, le modèle numéro 1. Je l’ai trouvé charismatique et me suis renseigné quant aux représentations de barbus qui existaient déjà. Je ne suis tombé que sur des  hipsters ou des djihadistes alors que des millions d’hommes portent la barbe depuis toujours, moi le premier. J’ai donc voulu montrer une représentation fidèle de ce peuvent être 1 000 barbus et d’une population sans stéréotype. J’ai lancé ce projet participatif qui a vite connu un gros succès. J’accordais 80 rendez-vous par semaine et mettais mes disponibilités en ligne. En 6 minutes environ tout était complet.

A&F : D’une manière générale, ces messieurs sont-ils plus à l’aise face à l’objectif ?

O.V : Il est question de se mettre à nu, de se montrer et surtout de lâcher prise : c’est une perte totale de contrôle. Le facteur stress est le même pour tout le monde, je pense. Il s’exprime juste différemment en fonction des personnes. Les hommes ont tendance à déconner pour désamorcer un peu cette situation anxiogène. Mais au moment de prendre la photo, et surtout en attendant de voir le résultat, plus personne ne rit ! Lâcher son maquillage, exhiber des pattes d’oies grandissantes ou une asymétrie dans le visage sont des épreuves auxquelles je confronte ces 2 000 personnes, si on englobe les deux projets.

A&F : Vous étiez, il y a encore peu de temps, photographe corporate. A quoi est due cette reconversion artistique ? 

O.V : Parce que c’est beaucoup plus sympa de faire ce qu’on veut ! J’aime les photos sans artifice, sans retouche. Or, dans le corporate, la seule chose qui inquiétait était de savoir si je maîtrisais suffisamment Photoshop pour enlever telle ou telle imperfection. Jamais mes clients ne m’auraient laissé les prendre en photo comme je l’entends. Ma première série a été un déclic. La deuxième m’a confirmé que ce nouvel univers est le mien. J’ai cessé mes activités fin décembre pour me consacrer entièrement à mes projets artistiques.

« Je veux de la réalité, je suis dans l’être, pas dans le paraître. »

A&F : Vous conservez pour l’instant le format portrait en studio que vous avez eu l’habitude d’exploiter tout au long de votre parcours professionnel. Est-ce une première étape avant de prendre peut-être plus de risques ?

O.V : Je suis photographe depuis 20 ans donc, question technique, je ne vois pas trop ce qui pourrait me mettre en danger. J’ai gardé le format portrait car il était en adéquation avec mon projet. Quant à partir dans des univers trop éloignés, je n’en ai pas envie. Photographier une fille devant un arrêt de bus dans je ne sais quelle mise en scène ne m’intéresse pas. Il faut que ça ait du sens. Je veux de la réalité, je suis dans l’être, pas dans le paraître.

A&F : Pourquoi des séries de 1 000 ? Que représente ce chiffre exactement ? 

O.V : C’est le chiffre qu’utilisent les sondages. Selon eux 1 000 personnes sont représentatives de la population donc je peux moi aussi prétendre représenter tout le monde. Et c’était bien le but initial : parmi ce large panel de personnalités, n’importe qui doit pouvoir s’identifier. Il s’agit de souligner chaque beauté singulière tout en lui donnant une vocation universelle. C’est le paradoxe intéressant de ce travail sur l’identité. D’autre part, la longueur des séries n’a pas été une contrainte pour moi, en fait c’est presque devenu ma signature.

A&F : Votre travail a finalement presque une dimension sociologique…

O.V : Complètement même. Ce panel, bien que large ne représente que les Parisiens, les Français tout au plus. J’envisage donc de refaire les 1 000 barbus dans d’autres villes, je pense notamment à New-York, et de comparer ensuite. Je m’intéresse énormément à la condition humaine, ce n’est pas un hasard qu’elle se retrouve dans mes photos. Les anthropologues sont d’ailleurs très intéressés par mon travail qui pourrait servir d’archive, à titre de représentions de la population occidentale en 2016.

+ Olivier Vinot

www.oliviervinot.fr

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Marine de Rocquigny © Art and Facts

 

 

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