Tino Sehgal au Palais de Tokyo : magique !

décembre 20 | Exposition / Agenda

La carte blanche du Palais de Tokyo à Tino Sehgal a fermé ses portes le 18 décembre. Art and Facts souhaitait attendre la fin de cette exposition résolument novatrice par respect pour l’artiste interdisant toute photographies ou vidéos dans le seul but de laisser le visiteur l’appréhender comme une expérience à part entière. Tino Sehgal a effectivement suscité une palette d’émotions captivantes. Une énergie lumineuse s’est dégagée de cette « exposition » pas comme les autres malgré l’heure et demie d’attente sous le plafond de Daniel Buren. Sur les 13 000 m2 du Palais, l’humain était au centre du projet. L’interaction sociale remplaçant l’installation ou la peinture accrochée au mur, l’œuvre était vous, eux, nous. Une expérience humaine et sensorielle où l’échange prime et surprend par la facilité avec laquelle la communication s’anime entre des inconnus. Pas de performers, ni de professionnels des métiers artistiques. Les figurants, monsieur, madame tout le monde, avaient tout simplement passé un casting pour participer à l’idée folle de Tino Sehgal.

Qui est Tino Sehgal ? Un trublion de l’art contemporain assurément. Ce britannique installé à Berlin auréolé d’un Lion d’Or à Venise en 2013 avait déjà animé le Pavillon allemand des jardins de la Biennale italienne.En 2012, il avait investit la Turbine Hall du Tate Modern de Londres attirant 1,6 million de visiteurs. Plus jeune artiste exposé au musée Guggenheim de New York, assurément, le quarantenaire subjugue avec ses mises en scènes étonnantes.

Des situations construites, orchestrées avec minutie par les 400 figurants du Palais de Tokyo. Enfants, jeunes adultes et retraités ont donné le la aux médiums uniques de la voix, du langage, du mouvement et de l’interaction. Première œuvre : Ce Progrès. Inspiré de la performance de 2010 au Guggenheim, le visiteur rassemblé en petit groupe est accueilli par un enfant. Les questions du figurant haut comme trois pommes étonnent : « Qu’est ce que le progrès ? » ponctué à chaque réponse d’un « pourquoi ? ». C’est ensuite au tour d’un élève du secondaire de prendre le relais, puis un jeune adulte et enfin un retraité. L’échange, tout en marchant dans le vide bétonné du musée, est aléatoire. Et c’est la qu’opère tout le génie de Tino Sehgal. Une visite unique s’imprimant dans la mémoire personnelle de chacun.

Au sous-sol du Palais de Tokyo, la chorégraphie continue. Des groupes de danseurs entament une étrange et lente marche tandis que dans une salle, Cet objectif de cet objet (2004), déconcerte. Cinq personnes, face au mur, dos aux visiteurs, chantent avec pour objectif de susciter une réaction chez le spectateur afin d’entamer une discussion. Le clou du spectacle, Cette Variation (2012), offre une expérience multi sensorielle unique. On entre dans une pièce plongée dans le noir. Dénué de tout repère spatial, les chants des figurants apportent une émotion supplémentaire. En transe, c’est à tâtons que le visiteur tente de vivre l’expérience croisant d’autres spectateurs perdus dans l’obscurité. « C’est qui ? » – « C’est moi. » – « Qui ça « moi » ? » – « Bah ! Moi ! », instant choisi d’un échange avec une inconnue dans cette aveuglante observation. Petit à petit, la magie opère, l’œil voit les artistes en action avec une folle envie de se prêter au jeu des clap, des hum et des pas de danse.

Si la timidité peut bloquer l’expérience de certains, Tino Sehgal encourage à se dévoiler. Dans le silence de l’expectative, ou dans l’envie de s’exposer et de prendre part à l’âme de l’exposition. Des œuvres immatérielles qui bousculent. Comme une invitation à vivre l’instant présent.

 

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www.palaisdetokyo.com

Julie Baquet © Art and Facts

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