Tenue Correcte Exigée

Tenue correcte exigée et petits scandales

février 27 | Exposition / Agenda

Les quelques 400 pièces vestimentaires de « Tenue Correcte Exigée, quand le vêtement fait scandale » habillent les murs du Musée des Arts Décoratifs jusqu’au 27 avril. Avec une scénographie assez incroyable signée Constance Guisset, cette exposition reprend toute l’histoire du vêtement, de ses scandales et de sa genèse. Car, a un instant T retranscrit par Cranach, l’Homme se souvient avoir été chassé du paradis où il vivait tranquillement, nu comme un vers, après que Madame ait encore fait des siennes. Bonjour pudeur ! Le vêtement rappelle constamment notre pêché originel et doit être le plus simple et le plus sobre. 

« Tenue correcte exigée » pour celui ou celle qui arrive dans ce long corridor formé par de miroirs reflétant chaque silhouette à l’infini. Le visiteur, tout en avançant passe par une introspection. « Ca te boudine ! » Qui ? Moi ? « On dirait un sac à patate. » Des voix résonnantes viennent ponctuer l’auto-jugement que chacun fait de son reflet. Ainsi commence le voyage…

Le vêtement et la règle

Quid des normes vestimentaires de l’époque versaillaise ? Ce moment où la mode était exclusivement réservée aux bourgeois qui changeaient d’apparat jusqu’à dix fois par jour. Parmi les différentes tenues exposées, la robe chemise en coton de Marie-Antoinette jugée inconvenante fait scandale à la cour. Cette première partie retrace les mœurs évolutives des Français au cours des siècles. Avec le temps, l’homme cesse de se farder, les talons à l’origine masculins se féminisent, les tenues d’intérieur changent. Les nuisettes deviennent robes de soirée : on pense notamment à la robe corset de Jean-Paul Gaultier que Madonna porte en 1989. Il s’agit ici de la remise en question des tenues de rigueur. Évoquer le terme « d’infraction à la norme vestimentaire » est encore d’actualité. Comme Cécile Duflot sifflée par ses pairs en 2012 pour avoir osé porter une robe à l’Assemblée Nationale. Paradoxe, les baskets, par exemple, sont aujourd’hui dans la norme, Chanel crée même ses sneakers. Il apparaît donc moins choquant d’aller travailler en chaussures de sport que de laisser une femme se mettre en robe à sa guise.

L’exposition reprend également l’usage détourné du vêtement. Le smocking par exemple était une tenue décontractée que les hommes avaient l’habitude de porter lorsqu’ils se retrouvaient au fumoir, avant de rejoindre les dames et d’enfiler quelque chose de plus convenable. Pourtant le smocking est aujourd’hui vu comme un gage d’élégance et s’impose dans les cérémonies officielles.

Est-ce une fille ou un garçon ?

Deuxième thème abordé, la tentation du vêtement de l’autre. Si la Bible interdit formellement « le travestissement », c’est la chasse qui voit accorder aux dames les premières exceptions. Elles revêtent alors fièrement veste, chemise et cravate, gardant leur jupe comme simple distinction féminine. Marie-Antoinette va plus loin. Connue pour son audace, elle se fait peindre à cheval, en culotte collante et instaure les prémices du combat pour le pantalon. Longue bataille ! En 1800, le Préfet de Police de Paris instaure une permission de travestissement sans quoi toute femme trouvée avec le moindre accoutrement masculin sera arrêtée. Même le chapeau est proscrit, symbole de l’hégémonie masculine. Mais certaines femmes comme Georges Sand ouvrent la voie à Colette et Marlène Dietrich dont le costume est exposé. Le 20ème siècle sonne le glas de l’émancipation féminine. Du style garçonne aux vêtements amples, on pense au tailleur de Chanel en 1928, la garde-robe des Françaises se meut et progresse constamment. Révolution : en 1966, Yves Saint Laurent invente la femme moderne, androgyne et sexuelle, dans son smocking.

Côté homme, de nombreux créateurs comme Vivienne Westwood et Yohji Yamamoto essaient d’intégrer la jupe dans la garde-robe masculine. Jean-Paul Gaultier, précurseur du mouvement (1984) reconnaît dans une interview accordées au Monde, que le succès n’est qu’en demi-teinte. Jamais la jupe masculine ne se démocratise, elle reste dans les sphères de la haute couture. La travestissement masculin, au delà des milieux homosexuels, marque moins la mode masculine.

La mode unisexe s’impose en revanche rapidement. Suite logique et conséquence directe des revendications de Mai 1968, elle devient un moyen d’expression pour les jeunes militants. Dès les années 1970, Pierre Cardin ou Courrège lancent des combinaisons mixtes. Le mouvement est en route, androgyne et asexué même, quand on se réfère au travail de Rudy Gernreich. Dès les années 2000, on constate, chez les jeunes, une uniformisation de la mode : minceur extrême, jeans slim, chemises cintrées… Levi’s dans ses campagnes de publicité, propose les mêmes coupes aux couples. Mais cette mode unisexe ne fait que se réinventer : une salle plus loin, datant du 17ème siècle, deux robes d’enfants… mixtes. Ici, le rose du costume n’a pas de connotation péjorative ou réductrice, il s’agit seulement de la couleur de l’enfance.

La provocation des excès

Trop hauts les talons de Naomie Campbell en 1993, trop nu le dos de Mireille Darc en 1972, trop courte la mini-jupe proposée par Paco Rabanne en 1968, trop décolleté la robe David, Elizabeth et Emmanuel de Lady Di, trop moulant, trop osé, trop long, trop coloré, TROP !

Cette dernière partie retrace l’histoire des scandales qui ont marqué le monde de la mode. Des coiffes des femmes en 1770 aux froissés devenus chics d’Issey Miyake, « la provocation des excès » met en lumière toutes les extravagances dont chacun est à la fois témoin et acteur. Tiraillé entre un Tartuffe qui invite à recouvrir la gorge et un Duc d’Orléans qui promet que rien n’habille plus que le nu, tandis que l’exposition touche à sa fin, l’encre qu’à fait couler chaque vêtement retentit comme une Madeleine de Proust. Rick Owens en 2015 avec ses tenues aux décolletés habiles laissant le sexe apparent des mannequins se mouvoir au rythme de leurs pas, Thierry Mugler et sa robe insecte, le Highland Rape d’Alexander Mcqueen… autant de signaux et de messages forts qui relèvent presque de l’anti-fashion tout en extirpant le beau à leur manière. A l’image d’un Jean-Paul Gaultier qui dès son premier casting pose les bases : « Créateur non-conforme recherche mannequin atypique, gueule cassée, ne pas s’abstenir.« 

Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris

Jusqu’au 23 avril
Du mardi au dimanche de 11h à 18h et le jeudi jusqu’à 21h

+ Tenue Correcte Exigée

www.lesartsdecoratifs.fr

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Marine de Rocquigny © Art and Facts

 

 

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